dimanche, 13 septembre 2009
The Outcast - Sadie Jones
Les années cinquante dans une petite ville d'Angleterre. Le père est à la guerre, une tendre relation se développe entre fiston (Lewis) et sa mère, faite de complicité et de beaucoup d'attentions. Elizabeth est une vraie anticonformiste, pas si courant à cette époque. Lorsque le père rentre au foyer, cela devient une autre histoire, ses sentiments sont immédiatement assez ambivalents face au couple formé par son épouse et son fils. On envoie ce dernier en pension. Et puis le drame : Elizabeth se noie sous les yeux impuissants de Lewis. Profondément traumatisé, il ne parvient pas à extérioriser ne serait-ce que le récit de ce qui s'est réellement passé. La relation entre le père et le fils devient alors de plus en plus problématique, et Lewis en pâtit fortement. De scarifications en actes violents qu'il ne s'explique pas, il se met au ban de leur petite société. Récit d'une descente aux enfers...
(résumé de Cuné)
Je crois que c'est le style de Sadie Jones qui m'a autant bouleversé. L'histoire y est pour beaucoup, bien sûr. Mais la simplicité, la manière épurée du style de l'auteure rend les émotions, les faits encore plus forts. D'ailleurs, Sadie Jones est pour moi meilleure quand elle relate l'histoire de manière détachée que lorsqu'elle rentre dans les détails subjectifs des sentiments des personnages où sa manière d'écrire sonne faux.
C'est le récit d'une longue descente aux enfers pour Lewis, un petit garçon que tout le monde aime et que les autres enfants viennent chercher chez lui pour jouer, lors d'étés chauds et ensoleillés (c'est le sud de l'Angleterre) Le retour du père après la guerre vient bouleverser un ordre établi. C'est le retour à l'église et à la vie sociale dans laquelle Elizabeth ne trouve pas sa place et ne cherche pas à la trouver. Elle a conscience qu'elle n'est pas conforme aux autres femmes, qu'elle boit trop, qu'elle parle fort, en un mot qu'elle vit. The Outcast est presque un huis-clos. Tout se passe dans ce petit village du Surrey où tout le monde connaît tout le monde, où tout se sait et où une famille règne en maître: les Carmichael.
Famille parfaite, en apparences. Le père, Dicky (qui porte bien son nom) a l'habitude de frapper sa femme dont il casse, un jour, le bras et d'aduler l'aînée de ses deux filles, Tamsin, une jeune beauté consciente de son charme et de l'effet qu'elle a sur le monde autour d'elle. Kit, la plus jeune, est laissée pour compte: sa mère ne s'y intéresse que pour la réprimander sur sa tenue, Tamsin la traite comme un boulet qu'elle traîne quand elle sort jouer avec ses amis et son père ne s'en occupera que pour la frapper et la battre à son tour. Le personnage de Kit (qui est celui que j'ai préféré) est un personnage bouleversant et attachant. Elle va connaître un destin semblable à celui de Lewis dont elle est amoureuse depuis l'enfance. Elle ne reçoit que des coups, de la violence et de l'indifférence. C'est un bébé pour tout le monde, même à 15 ans. Kit se réfugie dans un monde de livres et de musique, c'est une enfant très intelligente, voire précoce. Elle encaisse tout sans rien dire et sans pleurer. Elle refoule.
Her head hurt, under her hair, where she had hit the floor, and it made her whole head full of tears she couldn't cry. Her father hitting her and her loneliness were much worse now, and wrong, because of Lewis holding her hand, and they he had held her when they danced.
Comme Lewis. Muet devant la police qui l'interroge sur la mort de sa mère, Lewis se renferme sur lui-même. Conscient qu'il n'est pas le fils que son père voudrait avoir, il se détache de ce qui l'entoure peu à peu. Sa belle-mère, Alice, ne sait pas comment prendre soin de ce petit garçon qui l'attire autant qu'il l'effraie. Elle se réfugie dans la tenue du foyer et dans son role d'épouse impeccable. Elle est l'opposée d'Elizabeth.
L'atmosphère est extrêmement bien rendue. Les personnages évoluent dans une société où l'on doit sauvegarder les apparences et où celui qui ne marche pas de la même manière que les autres est stigmatisé. Alors chacun trouve un exutoire nécessaire: Lewis boit (du gin, pur) et se scarifie, Alice essaie d'avoir un enfant, Dicky Carmichael bat Kit, Kit lit, Gilbert travaille. Tout ce petit monde se retrouve à l'église tous les dimanches. Lewis, comme sa mère, s'y sent encore plus rejeté. Parce-qu'il n'a pas réagi comme on l'attendait, on parle, on médit et on l'écarte petit à petit. Après tout, cet enfant très bon nageur était seul quand sa mère s'est noyé et n'a pas su expliquer les faits à la police, c'est que quelque chose de louche a dû se passer, il l'a probablement tué. Ça expliquerait sa solitude et sa violence refoulée qui ressurgit inexplicablement. Lewis vit dans un village bourgeois et bien pensant qui ne supporte pas les écarts. Tout doit être sous contrôle et ce qui ne l'est pas doit disparaître.
Personne n'est capable d'aimer l'autre pour ce qu'il est mais veut l'aimer pour ce qu'il paraît.
La montée en violence de Lewis est bouleversante et est renforcée par l'existence de plus en plus effacée de Kit. Il y a beaucoup à dire sur ce magnifique roman et je pourrais écrire encore longtemps. Les dernières pages m'ont bouleversée, je les ai lues avec une boule dans la gorge et l'impression de liberté qui s'en dégage est aussi belle qu'innatendue. The Outcast est une histoire cruelle mais merveilleusement transcendée par le style de Sadie Jones qui réussit à transmettre ce qu'il faut sans en faire trop.
It was an odd feeling, a looking-glass feeling, that he had, that all his life he had been on one side of the glass with everybody else on the other and now the glass had broken and the thick, broken pieces were at all of their feet.
























Commentaires
Ecrit par : Lilly | dimanche, 13 septembre 2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Cryssilda | dimanche, 13 septembre 2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Ys | dimanche, 13 septembre 2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Cuné | lundi, 14 septembre 2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : fashion | lundi, 14 septembre 2009
Répondre à ce commentaire@Cryssilda: oui!
@Ys: cool alors :) Hâte que tu le lises du coup!
@Cuné: ce n'était pas le but, je déteste flatter mais je suis contente de te faire plaisir et ton résumé me plaisait beaucoup :)
@fashion: pareil :)
Ecrit par : Ofelia | mardi, 15 septembre 2009
Répondre à ce commentaireEt si je comprends bien, Kit est amoureuse de son propre frère ?
Ca m'a l'air d'être un roman éprouvant pour le lecteur, et même si je reconnais que ce sont généralement les meilleurs livres qui nous secouent, je vais attendre un peu avant d'approcher ce roman...
Est-ce que la mort d'Elizabeth est un peu expliquée au lecteur ? (oui, je suis curieuse)
Ecrit par : erzébeth | vendredi, 18 septembre 2009
Répondre à ce commentaireLa mort d'Elizabeth est expliquée au moment où elle arrive: elle se noie. C'est tout :) mais les gens sont mesquins et vont s'imaginer que Lewis l'a tuée.
Ecrit par : Ofelia | vendredi, 18 septembre 2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : anjelica | lundi, 21 septembre 2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Cryssilda | samedi, 03 octobre 2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : joey7lindley | mardi, 01 décembre 2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Ofelia | mardi, 01 décembre 2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : joey7lindley | mercredi, 02 décembre 2009
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