vendredi, 07 août 2009
North and South - Elizabeth Gaskell
Margaret Hale a vécu pendant longtemps à Londres, près de sa tante et de sa cousine, qui possèdent un train de vie élevé. Peu après le mariage de sa cousine, Magaret rentre à Heldstone, où se trouve le confortable mais humble presbytère de son père.
Celui-ci, peu après le retour de Margaret, décide de cesser son activité de pasteur, et de partir pour le Nord de l'Angleterre. Ce sera Milton, ville industrielle plongée en permanence dans la brume, qui accueillera la famille Hale. Mr Hale, par sa nouvelle activité d'enseignant, rencontre Mr Thornton, un patron manufacturier. De son côté, Margaret se lie d'amitié avec les Higgins, une famille de pauvres ouvriers. Elle ne tarde pas à ressentir de la compassion à leur égard, ce qui l'entraîne à avoir un regard impitoyable sur la classe des patrons. Mais dans le Nord, si la misère lui semble plus présente qu'ailleurs, elle lui fait surtout oublier que rien n'est soit noir soit blanc.
(résumé trouvé chez Lilly)
North and South est le deuxième livre de Gaskell que je lis et cette auteure me plait décidement beaucoup. Il n'y a pas une seule et même histoire dans ce livre mais plusieurs qui se mélangent et qui se croisent comme autant de fils pour tisser le portrait d'une réalité dépeinte de manière très réaliste. Mon seul regret c'est de ne pas avoir eu plus de détails sur la vie dans la manufacture et au moulin des ouvriers dont Margaret va partager les peines et les joies. Je m'attendais à quelque chose de plus émile-zolien je crois. D'un autre côté, Gaskell n'était pas une Zola anglaise et même si elle s'y est intéressée, elle ne militait pas pour la cause ouvrière. Ceci explique peut-être cela.
Margaret Hale n'est pas un personnage attachant aux premiers abords, de même que John Thornton. Il la croit fière, ce qu'elle n'est pas. Elle est juste incapable de manifester un quelconque intérêt pour cet homme qui ne l'intéresse pas. Sa froideur et sa maladresse passent pour de la fierté et elle est cataloguée comme une princesse hautaine. Thornton lui, est vu par Margaret comme un homme implacable et dur qui ne se soucie que de l'argent que lui rapporte sa manufacture. L'évolution de leurs sentiments est amené de manière réaliste, sans violons ni mièvrerie.
Margaret est une jeune femme qui cherche sa place dans un foyer où le frère marin absent et loin (injustement accusé de mutinerie) manque à une mère très malade avec laquelle Margaret n'arrive pas à établir de relation comme elle le voudrait. Elle est sans arrêt dans l'ombre de Dixon, la gouvernante qui, contrairement à la froide Margaret, sait trouver les mots et les gestes qui rassurent et apaisent. Margaret cherche également sa place entre des ouvriers écrasés par la dureté de la vie et les injustices sociales et le monde des patrons dont son père se fait l'ami. Elle est constamment déchirée entre ses deux mondes sans parvenir à savoir où est le bon et le mauvais.
C'est justement là que réside toute la force de North and South. Il n'y a ni bon, ni mauvais, ni bien, ni mal, juste des hommes qui tentent de vivre et de survivre en fonction de la place dont ils ont hérité dans le monde et la société. Margaret devra passer par de douloureuses épreuves pour trouver la sienne. North and South est aussi un roman d'apprentissage pour moi. Margaret grandit, murie et prend sa place de femme , de fille et de soeur au fil des pages. Sa relation avec John Thornton ne part sur aucun malentendu mais sur des impressions qu'elle ne cherche pas à dépasser car ce n'est pas ce qui l'intéresse. Elle se cache derrière une apparence dont elle consciente et qu'elle ne cherche pas à démentir même si elle sait qu'on la juste injustement.
I see two classes dependent on each other in every possible way, yet each evidently regarding the interests of the other as opposed to their own; I never lived in a place before where there were two people always running each other down. (Margaret)
You are just like all strangers who don't understand the working of our system, Miss Hale. You suppose that our men are puppets of dough ready to be moulded into any amiable form we please. (Thornton)
Mrs Thornton, la mère de John, est d'ailleurs celle qui la juge le plus durement. C'est le personnage que j'ai le moins aimé, impossible de la supporter. Fière de sa ville, de son fils et de ce qu'il a accomplit, elle juge tout et tout le monde du haut de son piédestal. Elle a tellement peur ou l'impression que la famille de Margaret la juge qu'elle se met sur la défensive et émet des jugements à tout bout de champ.Elle se montre irrascible et incroyablement jalouse de l'attirance de son fils pour Margaret, cette fille du Sud qui ne connait rien des moeurs du Nord. Mère presque castratrice, elle est à la limite du cliché pour moi.
La famille Hale vient d'un monde où rien ne bouge, où rien ne change et où l'éducation d'Oxford que l'on reçoit apprend à vouer un culte au passé. La famille Thornton vit à Milton, dans un monde où le commerce et la manufacture sont les moteurs d'une vie qui regarde devant et non derrière. C'est un monde en perpétuel mouvement, en constante mutation.
Margaret est un personnage qu'on apprend à apprécier, de même que pour celui de Thornton, au fur et à mesure que l'on avance. Gaskell ne se contente pas de donner un point de vue mais plusieurs. Ce qui donne sa force et sa pertinence au roman. Margaret, à travers sa relation avec Nicholas Higgins (un ouvrier syndicaliste) est en totale empathie avec le monde ouvrier; à travers sa relation avec la famille Thornton, dialogue sur le point de vue des patrons. Elle comprend que personne n'a tort ou raison mais se fixe comme mission de faire se rencontrer Higgins et Thornton pour que ce dernier embauche l'ouvrier. Higgins, un personnage fort et important, s'ouvre, comme Margaret, et même s'il lui a manqué une certaine éducation, c'est un homme de devoirs et de principes qui se montre droit et juste en face d'un Thornton qui l'est tout autant. Il tient des raisonnements sensés et vrais.
Les personnages évoluent dans des mondes différents qui doivent apprendre à cohabiter dans une société en pleine mutation, c'est l'Angleterre de la révolution industrielle qui est d'ailleurs, pour moi, le personnage principal de ce livre. L'incompréhension et l'appréhension entre Margaret et Thornton est le reflet de l'incompréhension et de l'appréhension entre Thornton et ses ouvriers, entre deux classes sociales qui sont incapables de se parler tant les préjugés et les rancoeurs pèsent.
North and South est un très bon roman. Il parle de la condition humaine à une époque et en un lieu donnés avec son lot de personnages et d'événements, tristes, heureux, tragiques qui participent de ce qu'on appelle communément la vie.
Les avis de Lilly, de Karine et d' Isil.
NB: j'ai regardé l'adaptation de la BBC et je l'ai trouvé très très bien. Thornton et Margaret y sont parfaits.
























Commentaires
Ecrit par : Karine :) | vendredi, 07 août 2009
Répondre à ce commentaireBon, maintenant, il faut que tu voies l'adaptation, tu vas t'évanouir de plaisir devant Richard ;o)
Ecrit par : Lilly | vendredi, 07 août 2009
Répondre à ce commentaire@Lilly: je cite mes sources hein, quand même :) Mais Lilly... enfin, j'ai mis en NB que j'ai vu l'adaptation ;) Tsss! Et oui j'ai trouvé ce monsieur particulièrement intéressant à observer :p
Ecrit par : Ofelia | vendredi, 07 août 2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Trillian | samedi, 08 août 2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Lilly | dimanche, 09 août 2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Leiloona | lundi, 10 août 2009
Répondre à ce commentaire@Leiloona: la mini-série est très chouette, elle m'a beaucoup plu :)
Ecrit par : Ofelia | lundi, 10 août 2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : yueyin | mardi, 11 août 2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Ofelia | mardi, 11 août 2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Isil | lundi, 17 août 2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Ofelia | mardi, 18 août 2009
Répondre à ce commentaireJ'ai bien aimé les contradictions de Mrs Thornton justement. par exemple, lorsqu'elle se rend bien compte que Margaret est bien supérieure à sa propre fille. Ça a de quoi énerver, surtout une femme comme elle ;-)
Ecrit par : Isil | mardi, 18 août 2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Ofelia | mardi, 18 août 2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Isil | mercredi, 19 août 2009
Répondre à ce commentaireEcrit par : Cachou | jeudi, 20 août 2009
Répondre à ce commentairePetite curiosité : tu es en Angleterre si j'ai bien compris? Dans le cadre de tes études? Tu es bilingue? Je suis en France. J'ai fait un Master LEA mais je ne me mets que maintenant aux livres en anglais et sur Tom Sawyer, c'est dur!
Ecrit par : joey7lindley | mardi, 01 décembre 2009
Répondre à ce commentaireCommencer par Tom Sawyer, je déconseile :/ Prends un Harry Potter, commence en douceur.
Ecrit par : Ofelia | mardi, 01 décembre 2009
Répondre à ce commentaireMerci de ta réponse. Tu me dis sur mon blog que tu m'as répondu, si tes réponses m'intéressent : bien sûr qu'elles m'intéressent! Sinon, je ne poserais pas de question :op
Ecrit par : joey7lindley | mercredi, 02 décembre 2009
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