lundi, 29 juin 2009

American Psycho - Bret Easton Ellis

51UvR7KQvuL._SL500_AA240_.jpgPatrick Bateman est un jeune homme riche, beau et intelligent. Un golden boy de Wall Street à qui tout réussit. Il est par ailleurs parfaitement au fait des techniques de nettoyage et désincrustage de la peau les plus efficaces, il s'applique les meilleures crèmes pour le visage, ne porte que des vêtements de grands couturiers, utilise les derniers gadgets technologiques et passe ses soirées au Tunnel, la boîte branchée du moment. Bien sûr, tous ses amis sont comme lui. La seule différence, c'est qu'en plus Patrick Bateman viole, torture et tue. Mais il ne ressent jamais rien. Juste une légère contrariété lorsque ses scénarii ne se déroulent pas exactement comme prévu.

Le voilà enfin, le très attendu (si, avouez) billet sur American Psycho, un roman qui créa la polémique, pour faire une litote. Ai-je aimé? Oui. Non. J'ai adoré. Il aura fallu que je passe le cap des 150 premières pages pour tomber amoureuse de ce livre, de l'auteur... j'ai faillit dire de Patrick Bateman, mais faut pas pousser.

Bateman est un anti-héros, c'est sûrement pour ça que j'aime tant ce livre. J'ai un faible pour les cas désespérés, les râtés, les losers, les no-life et les auto-destructeurs. Ceci explique cela, Raskolnikov et Bateman comptent parmi mes chouchous. Il serait même intéressant de regarder American Psycho à la lumière de Crime et Châtiment tant les deux anti-héros ont en commun dans leur opposition.
Bateman tue, sauvagement, de sang-froid et pour assouvir des pulsions d'ordre quasi sexuel. Il prend son pied et ne pense qu'à recommencer.
Raskolnikov tue pour une raison bien précise, regrette amèrement son geste et détruira tout seul sa vie après un crime dont il persuadé (à tort) que tout le monde connait l'existence.
Bateman a des amis aussi superficiels que lui: des golden boys blindés d'argent qui passe leur temps à mager de la nourriture hors de prix dans des endroits branchés où ils sniffent de la coke tout en parlant business. Les amis de Bateman le confondent constamment avec quelqu'un d'autre, l'appellent par un autre nom et ne le prennent pas vraiment au sérieux, même quand celui-ci parle de son dernier crime, de ses pulsions meurtrières ou de la serveuse qu'il découperait bien en morceaux.
Raskolnikov a des amis qui s'inquiètent pour lui tant au niveau financier qu'au niveau affectif, une famille aimante et une femme qui donnerait son âme pour le sauver.

Bateman est un psychopathe mais il est tellement humain que je ne suis jamais parvenu à le détester. Il passe son temps à prendre soin de lui; ce qui est une des choses qui m'a profondément ennuyé tout au long de ma lecture: les descriptions des tenues des hommes et des femmes qu'il fréquente. C'est long, c'est fastidieux, c'est inintéressant, c'est automatique (à chaque fois qu'il rencontre quelqu'un, on y a droit) mais c'est en même temps révélateur de son état d'esprit et utile pour comprendre ses obsessions. Il boit des litres et des litres d'Evian, la seule eau qu'il supporte. Il fait trop de gym, regarde trop de porno et de talk shows et vérifie sans arrêt que ses cheveux soient impeccables.
Bateman ne semble pas éprouver de sentiments en dehors d'une haine féroce envers les pauvres et d'un besoin grandissant de sang et de violence. A côté, le jeune Alex d'Orange Mécanique est un enfant de choeur. Bateman va crescendo dans la cruauté, le gore et le trash. A chaque fois que je terminais un passage bien sanglant (re litote) je me disais que Bret Easton Ellis ne pouvait pas faire plus fort et que j'avais passé le pire. Erreur. Jusqu'à la fin, j'ai écarquillé les yeux et serré les dents.

American Psycho est un livre profond et intelligent. Les cent premières pages sont longues mais en fait très utiles pour comprendre la spirale infernale dans laquelle Bateman se laisse entraîner. C'est plus qu'un portrait corrosif du monde des golden boys de Wall Street, c'est une caricature extrême mais tellement vraie de la société toute entière.

Ce qui choque, en réalité, dans American Psycho, c'est l'absence de raison. Bateman tue pour se faire plaisir, il ne faut pas chercher plus loin. Personne ne se soucie de lui, à part sa secrétaire éperdument amoureuse de lui et qu'il repoussera mais qu'il ne tuera pas. Un signe de rédemption? On ne sait pas. On ne le saura jamais. Les dernières pages du livre jettent le doute quant à la véracité des événements que Bateman raconte. Où est le vrai? Où est le faux? Est-il réellement ce psychopathe qu'il prétend être? C'est sur cet insoutenable doute que j'ai refermé le livre, en poussant un soupir où se mêlait le soulagement et l'admiration.


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Commentaires

Admirable ! J'adore ton billet, et on a visiblement éprouvé exactement les mêmes choses en lisant ce roman hors-normes. Comme toi, j'aime ce genre de personnage, et je l'ai moi aussi trouvé humain, voire émouvant (les dernières pages, où il semble totalement perdre pied, font presque mal au coeur). Tu me donnes envie de lire "Crime et châtiment", aussi, qui fait partie de mes lacunes littéraires.
Enfin bon, ravie que tu aies aimé ! C'est mon préféré d'Ellis. Il y a des scènes de "Glamorama" qui m'ont paru encore plus immondes qu'ici (c'est dire).

Ecrit par : erzébeth | mercredi, 01 juillet 2009

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Ooooh merci :) Il fait presque de la peine à la fin, oui. Je pense surtout à la scène où son avocat lui parle de lui en pensant parler à quelqu'un d'autre. Je pensais "mais... mais..." et pour le coup, je bouillais intérieurement.
Oh il FAUT lire "Crime et Châtiment". Oui bon, je ne suis pas objective, je suis raide dingue amoureuse de Dostoievsky.
Il y a de très fortes chances que tu aimes ce livre :)

Ecrit par : Ofelia | mercredi, 01 juillet 2009

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C'est étrange parce que le seul souvenir que j'ai de ce roman, c'est l'énumération de marques... bon, aussi qu'il tue parce qu'il aime bien. Mais il y a quand même un truc de fascinant dans tout ça, malgré l'horreur des choses!

Ecrit par : Karine :) | jeudi, 02 juillet 2009

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C'est extrêmement fascinant.

Ecrit par : Ofelia | vendredi, 03 juillet 2009

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Bon et bien je vais être très originale et plussoire à tout ce qu'à dit Erzébeth, y compris dans l'envie donnée de lire Crime et chatiment, que je rajoute de ce pas à ma liste de livres à acheter très vite !
C'est un livre que je trouve très difficile à lacher, une fois passées comme tu dis les 100/150 premières pages, on s'habitue à ces descriptions super longues et parfois répétitives, ça devient presque hypnotique.

Je suis super heureuse que le livre t'ait autant plu :)

Ecrit par : Pando | mercredi, 08 juillet 2009

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Je suis heureuse d'avoir persévéré dans ma lecture, j'en ai été grandement recompensé. Ce livre est une perle.

Ecrit par : Ofelia | samedi, 11 juillet 2009

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j'ai pas du tout aimé le film alors je passe pour le livre.
Moi, j'aime plutôt les borders-line mais finalement pas ceux qui la dépassent ...

Ecrit par : anjelica | jeudi, 16 juillet 2009

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