dimanche, 29 mars 2009
Sa Majesté des Mouches - William Golding
Sa Majesté des Mouches - William Golding
Un avion transportant un groupe de jeunes garçons âgés de 6 à 12 ans s'écrase sur une île déserte. Il n'y a pas d'adultes surivants: les garçons sont livrés à
eux-mêmes. Le groupe s'organise autour de Ralph qu'ils élisent comme chef, de la conque dans laquelle on souffle pour provoquer un meeting et autour de la bande de Jack qui s'occupe de la chasse. L'idée de départ est simple: entretenir le feu pour alerter d'éventuels secours pendant que les garçons essaient de se construire des abris pour la nuit et de trouver à manger.
Très vite, les choses dégénèrent, leur petite société vole en éclats et les garçons sombrent dans la violence et la sauvagerie autour de Jack qui s'arroge les pleins pouvoirs.
Ce livre m'a beaucoup marqué, et c'est une litote de dire ça. Golding y dépeind de manière très profonde et très réaliste une allégorie de la société humaine livrée à elle-même sans aucun repère. Tout commence comme un paradis pour les garçons: une île désert où ils peuvent jouer tant qu'ils veulent. Ralph, épaulé par Porcinet (l'intellectuel du groupe) essaie de faire rester les garçons sur le chemin de la civilisation. Il est obsédé par le fait d'entretenir le feu. De son côté Jack, l'alter ego de Ralph puis son rival, s'occupe de nourrir le groupe en chassant les cochons sauvages de l'île. Très vite, Jack va prendre goût à cette occupation et va révéler son côté brutal et sanguinaire. Les chasseurs, puis tout le groupe, se livrent d'ailleurs à des danses rituelles pendant lesquelles ils miment la chasse puis l'égorgement du cochon.
Les petits, cependant, ont peur et pleurent dans leur sommeil à cause des cauchemars récurrents qu'ils font. Porcinet se fait martyriser par Jack qui le déteste. Et petit à petit, les garçons se persuadent qu'il y a une bête tapie quelque part dans l'île... Jack prétend l'avoir vue, en haut de la colline où le feu est entrenu. En conséquences, plus personne n'ose s'approcher de la colline et Jack se sert de la peur des garçons pour instituer les offrandes à la bête: les garçons plantent une tête de cochon sur une pique dans la forêt. Recouverte de mouches attirées par le sang, elle donnera son nom au roman.
Seul Simon découvrira ce qu'il en est réellement en montant sur la colline et en se rendant compte que la bête n'est autre qu'un parachutiste que la chute a tué. En voulant prévenir les autres, il arrivera au milieu d'une fête orgiaque. Il fait presque nuit, les enfants sont à moitié en transe: ils prendront Simon pour la bête, se jetteront sur lui. Simon meurt. Et tout bascule.
Les garçons se divisent: d'un côté la bande de Ralph et de Porcinet qui s'efforcent de rester civilisés et d'entrenir le feu et de l'autre la bande de Jack, véritable chef charismatique, adepte d'une violence et d'une soif de sang qui va grandissante. La guerre entre les deux camps éclate pour de bon quand la bande de Jack attaque celle de Ralph en pleine nuit pour leur voler le feu et les lunettes de Porcinet, sans lesquelles il n'y voit rien et qui servaient à allumer le feu.
Le point de non-retour vient d'être franchi.
Les garçons sont ici tout sauf des enfants innocents qui retournent à la nature. Leurs instincts les plus bas et leurs côtés les plus vils sont révélés puis exacerbés par cette vie à la sauvage sur une île déserte. L'absence d'adultes les rend libres de quelque chose qu'ils ne contrôlent plus. Sa Majesté des Mouches a différents niveaux de lectures, qui en font un roman plus complexe qu'il n'y parait.
L'innocence de l'enfance est ici corrompue par les enfants eux-mêmes, ce qui est certainement le fait le plus terrifiant du roman. Et fait réfléchir bien longtemps après avoir reposé le livre. Sa Majesté des Mouches occupe donc une place d'honneur dans mon panthéon littéraire.
L'avis mitigé de Karine.
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mercredi, 25 mars 2009
+2 dans la PàL

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lundi, 23 mars 2009
Choke - Chuck Palahniuk
Victor Mancini, ancien étudiant en médecine est sexoolique. Il travaille dans un "musée vivant", autrement dit une réplique de ville du XVIIIe où chaque figurant a un rôle à jouer. C'est dans cet environnement, où chaque élément anachronique est passible de sanction, qu'il peut retrouver chaque jour son meilleur ami, Denys, adepte du pilori. Hanté constamment par ses fantasmes (qu'il met en pratique) il arpente les réunions de sexooliques anonymes, autant pour avoir des relations sexuelles que pour se guérir. La vie de Victor tourne essentiellement autour de sa mère, malade et interné dans un hôpital, qu'il déteste tout en l'aimant. Néanmoins, ses nombreuses visites lui apporteront enfin satisfaction lorsqu'il rencontrera Paige, fascinante "femme docteur" qui veut plus que tout au monde lui faire un enfant. Autre passion de Victor : s'étouffer dans les restaurants et donner un sens à la vie de ses "sauveurs". Victor n'étant pas pour autant un grand cœur, il arnaque régulièrement ces gens en leur demandant de l'argent.
Il m'a fallu quelques pages pour m'habituer au style de Palahniuk, on oscille entre les chapitres au présent et à la première personne où Victor raconte son histoire et les chapitres au passé et à la troisième personne où Victor parle de lui enfant et de la relation avec sa mère qu'il ne voyait que quelques jours épisodiquement quand elle sortait de prison et qu'elle l'embarquait illégalement dans des virées à bord de voitures ou de cars volés.
La vie de Victor tourne autour de sa mère mourante et atteinte de la maladie d'Alzheimer: elle ne se nourrit plus et l'hôpital coûte une fortune. Victor trime dans un boulot qu'il déteste et pour arrondir ses fins de mois, il prétend s'étouffer dans les restaurants pour se faire sauver et soutirer de l'argent à ses bienfaiteurs. On ajoute à ça sa totale dépendance au sexe qu'il ne pratique qu'avec des sexooliques et sans sentiments. A première vue donc, Victor est un anti-héro qui a tout pour en faire un personnage qu'on va détester. Il n'en est rien. Victor n'est pas un homme mauvais. C'est un homme qui a vécu une enfance chaotique en familles d'accueil et qui ne voyait sa mère (folle et droguée) que quelques jours au cours desquels elle le déstabilisait. Une mère qui ne le reconnait plus et qui, lorsqu'elle parle de lui, le déconsidère totalement et le dénigre.
Victor rencontre Paige. Cette rencontre va être le début d'une quête d'identité pour Victor. Le journal intime de sa mère est écrit en italien, Paige le lit et lui révèle qu'il serait le fils de Jésus. Victor, rejetant sa mère, les sentiments que Paige lui porte et son ascendance va s'efforcer d'être mauvais. Ce qu'il n'est pas. Victor va se trouver en essayant de se perdre.
C'est là tout le talent de Palahniuk, plus Victor s'évertue à vouloir faire ce que Jésus n'aurait pas fait (ça revient constamment dans le roman What would Jesus NOT do?) plus on se prend d'affection pour lui.
Les personnages de Choke sont complètement barrés, tous dans un style différents, et on s'aperçoit très vite que Victor est tout compte fait bien plus "normal" que ce qu'il peut laisser croire. Victor essaie tant bien que mal de se construire une vie mais avant tout de se construire une identité à partir du peu qu'il a: une mère malade, sénile et mourante et entouré d'une femme avec laquelle il n'arrive pas à faire l'amour (le sexe est pour lui dénué de sentiments amoureux)
Choke m'a donné envie de découvrir d'autres romans de Palahniuk; qui est trop méconnu (malgré la célèbre adaptation de son Fight Club)
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mardi, 17 mars 2009
Questionnaire austenien
Questionnaire austenien
Trouvé chez Emjy:
1) Comment avez-vous découvert Jane Austen ?
A la fac, Persuasion était au programme en deuxième année. J'ai tellement aimé que j'ai ramassé la plus mauvaise note de mes 4 ans d'études.
2) Avez-lu tous ses romans jusqu'ici ?
Non, seulement Persuasion et P&P.
3) Avez-vous un préféré ?
P&P .
4) Combien d'adaptations avez-vous vues ?
P&P 1995 et 2005 et S&S d'Ang Lee. Ca fait 3.
5) Lesquelles sont vos préférées ?
J'ai adoré le S&S d'Ang Lee, même si (là je pinaille) j'ai trouvé Emma Thompson trop vieille pour jouer Elinor (heureusement qu'elle est très bonne actrice parce-que là c'est limite ridicule)
6) et lesquelles aimez-vous le moins ?
Je crois que je suis la seule fille sur Terre à ne pas chavirer devant Colin Firth-Darcy. Du coup j'ai moyennement apprécié le P&P de 95, même si tous les autres acteurs étaient parfais. Pour faire ma chieuse, j'ajouterai que Jane Benett est tout sauf une beauté dans cette version là également, mais que Lizzie est excellente!
7) Avez-vous vu des films inspirés ou dérivés de son oeuvre ? (Becoming Jane, Miss Austen regrets, Coup de foudre à Bollywood, Clueless, Bridget Jones, The Jane Austen Book Club etc) Qu'en avez-vous pensé ?
Je ne supporte pas Anne Hathaway donc elle me rebute beaucoup pour Becoming Jane. Jai vu les deux Bridget Jones.
7) Qu'aimez-vous le plus chez Jane Austen ?
Son humour et son sens de la répartie.
8) Avez-vous ce qu'on peut appeler une collection Jane Austen ? (inclure photos si vous le souhaitez)
Non.
Merci Emjy pour ce questionnaire, ce serait intéressant que j'y réponde à nouveau à la fin du challenge.
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dimanche, 15 mars 2009
Loïs the Witch - Elizabeth Gaskell
En 1691,Lois a 17 ans et ses parents viennent de mourir. Etant orpheline elle quitte l'Angleterre pour aller chercher refuge chez le frère de sa mère, comme celle-ci lui avait demandé. Lois traverse l'Océan pour débarquer au nouveau monde, en Nouvelle-Angleterre peuplée par les puritains. Quand Lois arrive dans sa famille à Salem c'est pour assister aux derniers jours de son oncle mourant. Elle se retrouve donc totalement seule dans la maison dirigée par une tante puritaine qui ne l'aime pas, et des cousins qui lui réservent tous un accueil différent. Sa jeune cousine Prudence est une enfant détestable et cruelle, son cousin Manasseh la harcèle de demandes en mariage qui viennent des visions qu'il prétend avoir et sa cousine Faith, la seule qui semblait aimer véritablement Lois se révélera sans pitié quand elle découvrira que le jeune pasteur Nolan ne reste pas indifférent au charme de Lois. En conséquence: on l'accusera d'être une sorcière. Pourquoi, comment? C'est là le sujet principal de ce roman.
Elizabeth Gaskell a écrit un admirable roman historique. En effet, en dehors des personnage de Lois et de sa famille qu'elle invente de toute pièce, tous les autres protagonistes ont existé; elle a parfois changé certains noms mais les événements et les personnages appartiennent à l'histoire. Lois arrive dans un nouveau pays où on la déconsidère car elle appartient à l'Eglise d'Angleterre. Lois découvre donc une nouvelle terre peuplée par des puritains obsédés par le bien, le mal et qui ne respirent franchement pas la joie de vivre. Gaskell retranscrit parfaitement l'ambiance de cette fin de XVII siècle des colonies américaines. Les colons puritains rejettent l'ancien monde et sont persuadés d'être dans le vrai, d'être les élus de Dieu chargés de bâtir un monde pur et libéré de Satan.
Satan, parlons-en, personnage omniprésent dans la bouche et les esprits des puritains qui le voient partout: dans les Indiens dont ils ont peur, dans le regard des belles femmes (car c'est un fait établi que les femmes ne pensent qu'au sexe et qu'elles baignent dans le péché et la luxure), dans la moindre parole de travers. Mais c'est les femmes qui ici sont, non pas victimes, mais complices de Satan; les femmes perdent les hommes, ensorcèlent les enfants, tuent le bétail et sont responsables des mauvaises récoltes. Lois n'a pas de chance: elle est douce et jolie. On s'en servira contre elle.
Je passerai sur le détails des événements qui consuisent Lois à être accusée de sorcellerie, car cela se passe dans les 20 dernières pages du roman, et ce n'est pas ça qui est si important. Ce qui prime ici, c'est la montée de l'hystérie collective dans le petit village de Salem. Les puritains sont renfermés sur eux et passent leur temps à prier, à parler de Dieu et à éviter le péché; péché qui est lui aussi omniprésent, jusque dans la joie de vivre. Mais la communauté puritaine tombe pour de bon dans l'hystérie de masse le jour où les jeunes filles du pasteur sont possédées et détruisent l'intérieur de la maison (dans les faits historiques il s'agissait des nièces du pasteur, Gaskell n'invente rien) Elles accusent leur servante indienne de les avoir envoutées, la vieille femme sera jugée et pendue. Ainsi s'ouvre une période de folie et de procès de sorcières. La paranoïa règne à Salem. N'importe qui peut être accusé. Les manifestations d'envoûtement se signalent par des sortes de crises d'épilepsie, plus ou moins naturelles...
Ce qui frappe réellement dans ce court roman, c'est le phénomène de masse qui s'empare des habitants. Lois elle-même doutera pendant quelques instants de son innocence. C'est là toute la force et la puissance de l'hystérie de masse. Grace, la tante de Lois, qui sait très bien que son fils était fou avant l'arrivée de Lois, finira par se convaincre que c'est Lois la responsable de ses maux. Le village de Salem est dans l'incapacité de se sauver, alors que c'est justement le salut qu'il recherche. Les puritains tueront ainsi plusieurs dizaines de soi-disant sorcières. On accuse et on éxécute à tours de bras, persuadés d'oeuvrer pour libérer le village de l'emprise de Satan.
Ce roman est le premier d'Elizabeth Gaskell que je lis mais ce n'est certainement pas le dernier. Elle a admirablement su rendre l'atmosphère de Salem en 1691-1692. Même si son héroïne souffre parfois d'une trop grande douceur, d'une humilité sans borne et d'une foi que rien n'ébranle, on ne peut s'empêcher d'être bouleversé par le sort de Loïs qui n'est autre que le sort de toutes les autres sorcières de Salem.
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Challenge Jane Austen 2009
Fashion a lancé le challenge Jane Austen pour cette année. J'ai décidé de me lancer et d'y participer. Pourquoi? Parce-que je ne suis absolument pas fan d'Austen. J'ai étudié Persuasion à la fac et ça m'a ennuyé, j'ai toujours trouvé que S&S et P&P étaient des copiés-collés. Voilà, ça c'est pour les points négatifs. Les points positifs: j'ai adoré le S&S d'Ang Lee, les deux versions de P&P et j'ai dévoré le livre.
Je prends donc exemple sur Lizzie et j'essaie de mettre mes préjugés de côté pour redonner une chance à cette vieille Jane. Comme si je n'avais pas encore assez de livres et de challenges à boucler cette année. J'espère au moins que ça me fera changer d'avis.
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mercredi, 11 mars 2009
Grace/Wasteland, note musicale et bribes de rien

Je n'ai pas encore vraiment parlé de musique ici. C'est sûrement parce-que ce que j'aime ne correspond à la déco de ce blog et risque d'en surprendre plus d'un. Je vais très très prochainement acheter l'album solo de Pete Doherty: Grace/Wasteland. J'avais déjà un album accoustique du monsieur (dont je suis une inconditionnelle), déniché par une copine à Camden et il est très très bon; comme tout ce que fait Doherty d'ailleurs. Ce type a un talent monstre et il se fout en l'air, bon je ne vais pas rentrer dans les détails, les gossips, les trucs sordides dont les tabloïds se régalent. Je parle ici de l'artiste: un compositeur et un parolier exceptionnel et poétique. J'ai toujours apprécié sa musique et ses chansons, et je me désole de constater que la plupart des personnes s'arrête à son effroyable tête de junkie et à son comportement. Doherty est juste un gosse blessé, torturé, paumé mais pas méchant pour deux sous. Son travail gagne à être connu. Les préjugés quant à la personne ne devraient pas empêcher de découvrir le grand artiste qu'il est.
A suivre donc: une note sur son album, que j'ai attendu avec impatience.
En ce qui concerne ce que j'écoute en général, je vais faire une liste non exhaustive et pêle-mêle: The Libertines (forcément), Belle and Sebastian, Sex Pistols, The Strokes, Blondie, Babyshmables, Tunng, Bob Dylan, PJ Harvey, Sonic Youth, Blur, Dirty Pretty Things, Mano Negra, Emilie Simon, Arctic Monkeys, Last Shadow Puppets, Adam Green, Vincent Delerm, Air, Amy Winehouse, Madness, Husky Rescue, Neil Young, Milburn, Radiohead, Operator Please, The Clash, The Kills, The Datsuns, The Go! Team, The Long Blondes, The White Stripes, The Rakes, The Ramones, The Velvet Underground et je dois en oublier.
A suivre également: une note sur The Reader de Bernard Schlink. Après avoir été bouleversée (une soirée entière pour m'en remettre) par le film, j'ai dévoré et adoré le livre. Et une note sur l'excellent Lois The Witch d'Elizabeth Gaskell que je vais finir cette semaine.
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mardi, 10 mars 2009
La PAL qui pousse
Il y a des jours où je maudis mes principes et mon intégrité. 50 euros pour 3 bouquins dans mon Bookshop alors que je sais pertinemment que c'est moitié prix sur amazon.co.uk. 4 nouvelles acquisions qui font très joli sur mon étagère, 4 parce-que mon père (a eu pitié) m'a offert le Sarah Waters.




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jeudi, 05 mars 2009
The Magician's Apprentice - Trudi Canavan
Tessia a entre 15 et 20 ans, elle vit en Kyralia et assiste son père le soigneur du village. Elle n'a qu'une envie: devenir soigneuse. Lord Dakon est le maître des lieux et a un apprenti; Jayan. Un jour, en visite pour soigner un homme chez Lord Dakon Tessia repousse les avances de Takado, un magicien Sachakan; en le repoussant Tessia libère une force qu'elle ne contrôle pas et la vérité s'impose: Tessia est magicienne. Lord Dakon en fait son apprentie. Leur petite vie est bouleversée par une attaque de quelques magiciens Sachakans qui ont un seul objectif: conquérir Kyralia qui a autrefois appartenu au puissant Empire Sachakan.
Une longue période de combats et de découvertes commence.
Je suis une fan de Trudi Canavan: ce n'est pas nouveau. Ce livre est situé chronologiquement des centaines d'années avant la trilogie du Magicien Noir. Dans The Magician's Apprentice: pas de Guilde des magiciens mais une pratique de la magie noire (pratique tabou et interdite dans la trilogie du Magicien Noir) Les apprentis magiciens sont confiés à des magiciens noirs, Kyralia est gouverné par un roi, lui aussi magicien. Les soigneurs ont leur Guilde mais ne sont pas magiciens. Trudi Canavan voulait, à travers ce livre, éclairer certains points récurrents de la trilogie du Magicien Noir: pourquoi Sachakans et Kyrlians se détestent-ils? Pourquoi la magie noire est-elle interdite alors qu'elle était pratique courante? Comment le luxuriant empire de Sachaka est-il devenu une terre de désolation? Comment est née la Guilde des magiciens.
Vaste projet donc et vaste livre.
Mon avis est mitigé, mais je pense que c'est dû au fait que j'ai lu The Magician's Apprentice deux semaines après avoir refermé le dernier tome de la trilogie du Magicien Noir; le break n'a pas été assez long.
Les points -:
- Encore une fois, on a droit à une héroïne. Trudi Canavan ne se décide pas à donner le rôle principal à un homme. Encore une fois l'héroïne va se retrouver sans parents (comme Sonea qui n'avait que son oncle et sa tante; et comme Auraya (de son autre trilogie) qui quitte son village et ses parents pour toujours en devenant prêtresse puis immortelle) Encore une fois l'héroïne est très très empathique et veut se consacrer aux plus démunis. Encore une fois l'héroïne découvre ses pouvoirs magiques par accident.
- Lord Dakon est une véritable figure paternelle pour Tessia; comme l'était Lord Rothen pour Sonea; comme l'était Danjin Spear pour Auraya.
- Le milieu du livre est très très long. On patauge. Les magiciens poursuivent les Sachakans qui détruisent et tuent sur leur passage. Une course-poursuite qui n'en finit pas et où on navigue entre les deux camps.
- Les magiciens Sachakans sont trop caricaturaux: ils ont des esclaves qu'ils utilisent pour la magie mais pas que (ils en abusent et les considèrent comme de vulgaires objets qu'ils cassent quand ils veulent) ils sont méprisants à l'égard des femmes qui n'ont pas le droit à la parole, elles ne sont bonnes qu'à être mariées et à pondre des enfants, ils sont cruels sans aucun motif parfois.
- Les magiciens Kyralians sont trop perçus comme les gentils, comme les pauvres victimes; mais la dernière partie du livre présente un revirement de situation que j'ai beaucoup aimé et qui était nécessaire pour casser ce clivage stéréotypique.
Les points +:
- Une sorte d'héroïne parallèle (néologisme créé par mes soins) arrive en milieu de roman. Stara a une mère originaire d'Elyne (pays plus libertaire que Sachaka) et un père originaire de Sachaka et a elle aussi des pouvoirs magiques (qu'elle cache) Elle a 20 ans passés et vient s'installer chez son père en Sachaka, pensant l'aider dans son commerce, chose qu'elle faisait déjà pour sa mère en Elyne. Mais son père veut la marier et refuse de lui parler autrement que par nécessité, après tout c'est une femme, elle n'est rien. Grâce à Stara on découvre les us et coutumes de Sachakan, la vie des femmes qui n'a rien d'enviable et celle des esclaves.
- Les personnages sont captivants, notament celui de Jayan que l'on voit devenir mature et plus sensible. Tessia est attachante, mais parfois énervante de compassion et d'empathie. Lord Dakon est un personnage intègre et doux.
- L'intrigue se passe dans tout Kyralia, et non plus dans Imardin (la capitale) ce qui était le cas dans la trilogie du Magicien Noir.- *Les magiciens sont moins revêches.
- Le style de Canavan reste le même:simple, sans fioritures, on ne s'en lasse pas.
- L'obsession de Tessia à soigner et guérir les gens la conduira à utiliser la magie et donnera aux magiciens l'occasion d'en faire une discipline.
J'étais curieuse de lire ce livre de Trudi Canavan, c'est la première fois qu'elle ne publie pas une trilogie et je dirai que le résultat est plutôt décevant comparé à ses autres oeuvres. Canavan m'a habitueé à mieux. Il n'est cependant pas recommendé de le lire avant la trilogie du Magicien Noir, mais après; afin de ne pas se gâcher le plaisir des surprises.
J'attend donc, avec une pointe d'appréhension, la sortie de la trilogie qui fait suite à celle du Magicien Noir.
(NB ce roman n'est pas encore disponible en français)
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