dimanche, 15 mars 2009
Loïs the Witch - Elizabeth Gaskell
En 1691,Lois a 17 ans et ses parents viennent de mourir. Etant orpheline elle quitte l'Angleterre pour aller chercher refuge chez le frère de sa mère, comme celle-ci lui avait demandé. Lois traverse l'Océan pour débarquer au nouveau monde, en Nouvelle-Angleterre peuplée par les puritains. Quand Lois arrive dans sa famille à Salem c'est pour assister aux derniers jours de son oncle mourant. Elle se retrouve donc totalement seule dans la maison dirigée par une tante puritaine qui ne l'aime pas, et des cousins qui lui réservent tous un accueil différent. Sa jeune cousine Prudence est une enfant détestable et cruelle, son cousin Manasseh la harcèle de demandes en mariage qui viennent des visions qu'il prétend avoir et sa cousine Faith, la seule qui semblait aimer véritablement Lois se révélera sans pitié quand elle découvrira que le jeune pasteur Nolan ne reste pas indifférent au charme de Lois. En conséquence: on l'accusera d'être une sorcière. Pourquoi, comment? C'est là le sujet principal de ce roman.
Elizabeth Gaskell a écrit un admirable roman historique. En effet, en dehors des personnage de Lois et de sa famille qu'elle invente de toute pièce, tous les autres protagonistes ont existé; elle a parfois changé certains noms mais les événements et les personnages appartiennent à l'histoire. Lois arrive dans un nouveau pays où on la déconsidère car elle appartient à l'Eglise d'Angleterre. Lois découvre donc une nouvelle terre peuplée par des puritains obsédés par le bien, le mal et qui ne respirent franchement pas la joie de vivre. Gaskell retranscrit parfaitement l'ambiance de cette fin de XVII siècle des colonies américaines. Les colons puritains rejettent l'ancien monde et sont persuadés d'être dans le vrai, d'être les élus de Dieu chargés de bâtir un monde pur et libéré de Satan.
Satan, parlons-en, personnage omniprésent dans la bouche et les esprits des puritains qui le voient partout: dans les Indiens dont ils ont peur, dans le regard des belles femmes (car c'est un fait établi que les femmes ne pensent qu'au sexe et qu'elles baignent dans le péché et la luxure), dans la moindre parole de travers. Mais c'est les femmes qui ici sont, non pas victimes, mais complices de Satan; les femmes perdent les hommes, ensorcèlent les enfants, tuent le bétail et sont responsables des mauvaises récoltes. Lois n'a pas de chance: elle est douce et jolie. On s'en servira contre elle.
Je passerai sur le détails des événements qui consuisent Lois à être accusée de sorcellerie, car cela se passe dans les 20 dernières pages du roman, et ce n'est pas ça qui est si important. Ce qui prime ici, c'est la montée de l'hystérie collective dans le petit village de Salem. Les puritains sont renfermés sur eux et passent leur temps à prier, à parler de Dieu et à éviter le péché; péché qui est lui aussi omniprésent, jusque dans la joie de vivre. Mais la communauté puritaine tombe pour de bon dans l'hystérie de masse le jour où les jeunes filles du pasteur sont possédées et détruisent l'intérieur de la maison (dans les faits historiques il s'agissait des nièces du pasteur, Gaskell n'invente rien) Elles accusent leur servante indienne de les avoir envoutées, la vieille femme sera jugée et pendue. Ainsi s'ouvre une période de folie et de procès de sorcières. La paranoïa règne à Salem. N'importe qui peut être accusé. Les manifestations d'envoûtement se signalent par des sortes de crises d'épilepsie, plus ou moins naturelles...
Ce qui frappe réellement dans ce court roman, c'est le phénomène de masse qui s'empare des habitants. Lois elle-même doutera pendant quelques instants de son innocence. C'est là toute la force et la puissance de l'hystérie de masse. Grace, la tante de Lois, qui sait très bien que son fils était fou avant l'arrivée de Lois, finira par se convaincre que c'est Lois la responsable de ses maux. Le village de Salem est dans l'incapacité de se sauver, alors que c'est justement le salut qu'il recherche. Les puritains tueront ainsi plusieurs dizaines de soi-disant sorcières. On accuse et on éxécute à tours de bras, persuadés d'oeuvrer pour libérer le village de l'emprise de Satan.
Ce roman est le premier d'Elizabeth Gaskell que je lis mais ce n'est certainement pas le dernier. Elle a admirablement su rendre l'atmosphère de Salem en 1691-1692. Même si son héroïne souffre parfois d'une trop grande douceur, d'une humilité sans borne et d'une foi que rien n'ébranle, on ne peut s'empêcher d'être bouleversé par le sort de Loïs qui n'est autre que le sort de toutes les autres sorcières de Salem.
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