jeudi, 05 février 2009

The Boy In The Striped Pyjamas - John Boyne

Lettre B du Challenge ABC

boy.jpgBruno a 9 ans, une soeur de trois ans son aînée et des parents aimants. Il vit dans une grande maison "de cinq étages en comptant la cave et le grenier" à Berlin et son père est un officier Nazi haut placé. Un jour, en rentrant de l'école, Bruno voit sa mère faire des malles et des paquets: son père, nouvellement promu Commandant a été envoyé ailleurs, loin de Berlin. Bruno et sa famille se retrouvent dans une maison perdue pleine campagne. Bruno déteste tout, n'attend que de rentrer à Berlin, râle que tout est horrible, même le paysage qui s'étend devant la fenêtre de sa chambre: des barbelés qui gardent des hommes et des enfants en pyjamas rayés, et de la boue, de la terre et de drôles de baraques dans le fond. Un jour d'ennui, en jouant à l'explorateur: Bruno rencontre Shmuel, un petit garçon assis derrière les hauts barbelés. Un petit garçon en pyjamas rayés...

Il m'est très difficile de trouver les mots pour parler de ce livre, que j'ai lu en une après-midi.
Le site d'Amazon dit que c'est une fable, et je suis tout à fait d'accord. Dans la même veine que La vie est belle de Benigni, on découvre l'horreur avec le regard de l'innocence enfantine. Tout est vu, perçu, ressenti à travers les yeux de Bruno, qui ne sait pas où il est, qui ne sait rien en réalité. Il découvre d'ailleurs le mot "Juif" sans savoir ce que c'est, et s'ensuit une conversation mémorable avec sa grande soeur de 13 ans qui se trouve incapable de définir ce qu'est un juif et qui s'en tire en disant "ils ne sont pas comme nous, c'est l"opposé de ce que nous sommes" mais la réponse de Bruno "et nous alors, que sommes-nous" reste sans réelle réponse.

Bruno, tout au long du récite, vit au mileu de l'horreur sans s'en rendre compte: son père dirige le camp qui jouxte la maison mais pour Bruno son papa est un brave soldat et puis tout le monde aime les soldats d'ailleurs, sa mère n'a pas de temps à lui consacrer, sa soeur est un "cas désespéré" qui flirte avec un jeune lieutenant Nazi de 18 ans, véritable incarnation du Mal avec un grand M, qui terrorise Bruno (et le lecteur) Mais il y aussi Pavel, un vieil homme qui arrive le matin pour cuisiner et part le soir après avoir servi à la table de la famille de Bruno; mais Pavel soigne un jour Bruno qui se fait mal en tombant de sa balançoire et Bruno découvre que Pavel, le domestique, est en fait un docteur. Bruno ne comprend rien à rien. C'est dans cet état d'esprit qu'il découvre Shmuel, un petit garçon qui a le même âge et la même date de naissance que lui, qui porte lui aussi un brassard avec un étrange signe dessus, qui a lui ausi déménagé sans qu'on lui demande son avis. Entre les deux enfants, de longues heures de discussion commencent. Et puis un jour, Shmuel ne trouve plus son père dans le camp. C'est là que tout bascule pour les deux enfants qui sont désormais unis par un lien tacite et plus fort que s'ils peuvent imaginer.

Si l'horreur implicite mais omniprésente est si forte et si poignante dans cette fable c'est parce-qu'elle n'est jamais présentée comme ce qu'elle est, et pour cause puisqu'elle est perçue par un enfant qui ne sait rien. Bruno est du bon côté des barbelés et ne fait que deviner et rêver une réalité qui le rattrapera. Difficile de parler de ce récit: le style est doux, lisse, il coule comme l'imagination de Bruno, ce qui contraste d'autant plus avec l'horreur et qui la fait ressortir plus vraie et plus poignante; car si Bruno ne sait, le lecteur lui sait et comprend tout.

Je n'avais aucune idée de la manière dont le récit allait se terminer, et c'est littéralement avec l'estomac et la gorge noués que j'ai terminé les derniers chapitres, plongeant tout entière dans les ténèbres de l'horreur et de la barbarie. En le refermant et en le reposant pour prendre un temps de retour à la réalité de 2009, j'ai compris que cette fable ne pouvait que se terminer  de cette façon-là et que ce livre méritait une place d'honneur dans mon Panthéon personnel.

Je le recommande chaudement, et même encore plus. Il est de ces livres qui vous marquent profondément et auxquels on repense encore longtemps.

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