dimanche, 06 décembre 2009

Où je vous annonce que la fin du monde est proche (ou tout comme)

skeleton.jpgJe vais peut-être vous apprendre quelque chose. Peut-être pas. Peu importe. Ça fait maintenant une dizaine de jours que je sais que Borders ferme définitivement.
Borders c'est une chaine de librairies qui vend aussi des DVD et des CD. Borders a vu le jour aux Etats-Unis et s'est implanté au Royaume-Uni (pays où je réside) Waterstone's a toujours été ma librairie préférée (et qui plus est, anglaise, mais là n'est pas le propos) et j'y ai même une carte de fidélité mais Borders c'était bien sympa quand Waterstone's n'avait pas ce que je voulais. Et puis on pouvait boire un truc made in Starbucks. Et puis il y avait mon club de lecture. Et puis il y avait Saffy, la chouette petite vendeuse qui avait créé ce club et qui va se retrouver sans rien et que je ne reverrai plus.
Borders n'est donc pas une petite librairie de quartier qui met la clé sous la porte la faute à pas de bol. Non. C'est toute les enseignes implantées au Royaume-Uni qui ferment une fois pour toute. Bye bye Borders, so long. Oui c'est triste. Oui ça fait peur. La faute à quoi, à quoi? D'aucuns diront que c'est la crise ma pauv' Lucette, tout fout l'camp. Ouais. Il y a aussi notre propre responsabilité, celle du consommateur lambda qui préfère commander son bouquin sur Amazon ou Price Minister parce que c'est moins cher, parce que ça fait chier de sortir de chez soi ou d'attendre Ça fait mal au cul de l'avouer mais c'est aussi et en partie notre faute. Moi la première, je minclus dans le lot, je sais très bien où me situer. Et il n'y a aucune excuse, je n'ai aucune excuse, surtout quand on connait le prix des livres en Angleterre, ça n'est pas particulièrement cher. Je suis en colère mais il n'y a rien à faire pour sauver Borders. J'ai seulement très peur que la même chose se produise pour Waterstone's (qui est un véritable temple pour moi et où les vendeurs sont incroyablement gentils, cultivés et serviables)

Pour finir sur quelque chose de plus joyeux, je suis en train de lire (en parallèle de The catcher in the rye) New Moon et c'est merveilleusement ridicule, un sommet que dis-je LE somment du n'importe quoi avec option foutage de gueule toutes catégories confondues. Je glousse beaucoup, je m'exclame "naaaaaan?!" et je secoue la tête d'un air complètement affligé. Du grand art.

mardi, 01 décembre 2009

La plaisanterie - Milan Kundera

Il y a des auteurs dont on se demande pourquoi on a attendu si longtemps avant de les lire. Kundera est de ceux-là. Pourquoi ai-je tant tardé à ouvir un de ses livres? Ma meilleure amie m'a offert La plaisanterie pour mon anniversaire... en 2008, j'aurais donc doublement tardé à daigner ouvrir ce roman. Je l'ai lu d'une traite. Emerveillement est un mot faible pour décrire l'effet que Kundera m'a fait. Il entre irrémédiablement dans mon petit Panthéon personnel, au même rang que Dostoïevsky, Plath et Bukowski. C'est dire si je l'aime, Kundera. Il va donc falloir me pardonner car je n'arriverai jamais à écrire une note qui rende justice à la beauté de ce livre, à l'émotion littéraire qu'il m'a procuré.

PLAIS.jpg"L'optimisme est l'opium du genre humain ! L'esprit sain pue la connerie. Vive Trotski !" : première plaisanterie de Ludvik, qui lui vaut d'être exclu du Parti Communiste à l'unanimité. L'histoire se déroule en Tchécoslovaquie, après la seconde guerre mondiale et le Parti (communiste) est le seul parti puisque le pays appartient désormais au bloc soviétique. Grâce à quatre narrateurs différents, on assiste aux causes et aux conséquences qu'entrainera la plaisanterie de Ludvik.

"On ne plaisante pas avec le Parti" me semble être la morale de l'histoire. Mais pas que. Ludvik, un jeune homme qui a du mal à accepter le courant unique de pensée de l'époque fait une erreur. Erreur qui le poursuivra toute sa vie puisqu'elle lui vaudra d'être non seulement exclu de l'université mais également envoyé dans un camp pour "ennemis" du Parti pour quelques années. Ludvik est lucide et intelligent, il comprend vite qu'il a mis le doigt dans un engrenage infernal; s'il le comprend, il ne l'accepte cependant pas.

J'expliquai encore une fois que j'avais écrit cette carte par simple plaisanterie, je dénonçai toutefois les termes déplacés, l'incongruité et la grossièreté de la blague, et je parlai de mon individualisme, de mes velléités d' "intellectuel", de mon éloignement du peuple, je me découvris même de la vanité, des penchants sceptiques, du cynisme, mais je jurai qu'avec tout cela j'étais pourtant dévoué au Parti et en aucun cas son ennemi. (...) Après quoi, la grosse fille qui siégeait derrière la chaire, à côté de Zemanek m'interrogea: "D'après toi, qu'est-ce qu'ils pourraient bien dire de tes propos les camarades que la Gestapo torturait et qui n'ont pas survécu?" Je restai sans mot dire. Elle répéta sa question. Elle m'obligea à répondre. Je dis: "Je ne sais pas. - Allons, réfléchis un peu, insista-t-elle, tu finiras peut-être par trouver!" Elle voulait que je prononce par la bouche imaginaire des camarades morts un jugement sévère sur moi-même; mais c'est un ressac de fureur qui m'inonda dans l'instant, imprévu, innatendu, si bien qu'excédé par toutes ces semaines passées à m'autocritiquer je dis: "Ceux-là ont regardé la mort en face. Ceux-là n'étaient sûrement pas mesquins. S'ils avaient lu ma carte, peut-être qu'ils auraient ri!"

L'atmosphère de l'époque est rendue grâce à la polyphonie. Quatre narrateurs se succèdent. Ludvik, bien sûr, qui raconte son histoire, son point de vue et dont on découvre au fur et à mesure les motifs, les secrets, les idéaux qui lui étaient chers et qui ont été foulés aux pieds par ceux-là même en qui il croyait. La Tchécoslovaquie est un vieux pays riche de coutumes, de traditions, qui a souffert pendant la guerre et qui doit s'habituer et se plier aux règles du Parti omniprésent. Le Parti contrôle tout, remplace tout. La religion est effacée, les fêtes et les événements traditionnels sont remplacés.
Ludvik est, au départ, un pur produit du Parti, à la différence de son ami Jaroslav qui a décidé de rester dans leur village rural. Jaroslav est un homme bon et honnête qui, bien qu'attaché au socialisme, s'efforce de continuer à faire vivre les anciens rites, les traditions populaires purement tchèques dans un monde que le morderne qu'il combat envahit pourtant chaque année un peu plus. Ludvik méprise d'ailleurs Jaroslav pour tout cela; pour lui, il n'a rien compris et s'entête à vivre dans un monde qui n'existe plus. Mais Jaroslav n'est pas dupe et se rend bien compte que ce qu'il tente de préserver n'intéresse plus personne, pas même sa propre famille.

Toutes les situations capitales de la vie sont pour une fois, sont sans retour. Pour qu'un homme soit un homme, il faut qu'il soit pleinement conscient de ce non-retour. Qu'il ne triche pas. Qu'il n'aille pas faire semblant de n'en rien savoir. L'homme moderne triche. Il s'efforce à contourner tous les grands moments qui sont sans retour et à passer ainsi sans payer de la naissance à la mort. L'homme du peuple est plus probe. Il descend en chantant au fond de chaque situation capitale.

Il y a aussi Helena, la femme de Pavel. Pavel faisait partie de ceux qui ont jugé, condamné Ludvik, qui l'ont humilié publiquement.  Pavel est celui qui a prononcé la sentence. Par le plus grand des hasards, Ludvik rencontre Helena, des années et des années plus tard. Il la séduit, elle tombe amoureuse de lui. Ludvik est rongé par l'amertume et la haine, lui l'ancien étudiant blagueur. Helena s'éprend de Ludvik à un point que lui même n'avait pas soupçonné. Ce que Ludvik ignore c'est combien Helena est malheureuse dans son mariage, combien elle place toutes ses désillusions en lui.

Kotska, enfin est un ancien ami de Ludvik. Chrétien, croyant, il ne voit dans le communisme qu'une religion sans Dieu qui ne peut aboutir. Il tentera de sauver Lucie, la jeune fill dont Ludvik s'était épris pendant qu'il purgeait sa peine au camp militaire. Lucie a cependant un passé qui l'a rendu réticente au rapprochement physique que Ludvik envisage. A plusieurs reprises, il tente de faire l'amour avec elle mais elle lui échappe. Après une tentative de viol, Lucie s'enfuit. Kotska la prendra sous son aile tout en ignorant qu'elle connait Ludvik. Kotska est cependant lucide quant à Ludvik et à son pays.

C'était le temps de la grande foie collective. L'homme qui, l'approuvant, marchait avec cette époque était habité de sensations fort voisines de celles que procure la religion: il renonçait à son moi, à son intérêt, à sa vie privée, pour quelque chose de plus élevé, de supra-personnel. (...) Cette époque en partance, ou partie déjà, avait en elle quelque chose de l'esprit des grandes religions. Dommage qu'elle n'ait pas su conduire jusqu'au bout sa religieuse connaissance de soi! (...) Depuis des siècles le scepticisme rationaliste corrode le christianisme. Il le corrode mais il ne le détruira pas. Mais quant à la théorie communiste, pourtant son oeuvre à lui, il la détruira d'ici quelques décennies. En vous, Ludvik, il l'a déjà détruite. Et vous le savez bien.

La plaisanterie a cette force incroyable, celle qui vous prend aux tripes, vous rendant incapable de ne pas parcourir, avide, les pages, les unes après les autres. Les différents personnages s'expriment tour à tour, jouent avec la chronologie, occultant certains faits pour mieux les mettre en lumière plus loin. L'histoire elle-même n'est qu'un prétexte pour nous livrer des variations sur des personnages, des situations différentes sur fond d'une Tchécoslovaquie en pleine période communiste (dont a souffert Kundera) On assiste à la disparition volontaire d'une culture et avec elle, à la destruction des personnages, en particulier Ludvik qui, lui, s'autodétruira, aveuglé par son désir de vengeance.
L'écriture de Kundera est magistrale, fluide et flirte avec la poésie, jouant de temps en temps avec les sonorités. Je suis tombée amoureuse. Gravement. Je lui laisse donc les mots de la fin.

Comme j'aimerais révoquer toute l'histoire de ma vie! Seulement, de quel droit pourrais-je la révoquer, si les erreurs dont elle est née de furent pas les miennes? En fait, qui s'était trompé, quand la plaisanterie de ma carte avait été prise au sérieux? (...) L'Histoire elle-même? La divine, la rationnelle? Mais pourquoi faudrait-il lui imputer des erreurs? Cela n'apparaît ainsi qu'à ma raison d'homme, mais si l'Histoire possède vraiment sa propre raison, pourquoi cette raison devrait-elle se soucier des hommes et être sérieuse comme une institutrice? Et si l'Histoire plaisantait? À cet instant, j'ai compris qu'il métait impossible de révoquer ma propre plaisanterie, quand je suis moi-même et toute ma vie inclus dans une plaisanterie beaucoup plus vaste (qui me dépasse) et totalement irrévocable.

lundi, 30 novembre 2009

The Book Thief - Markus Zusak

6a00c2251ea318549d00fa9687b5020003-500pi.jpgAllemagne, 1939. La Mort est déjà à l'oeuvre. Liesel Meminger et son jeune frère sont envoyés par leur mère dans une famille d'adoption à l'abris, en dehors de Munich. Sur la route, la Mort rôde autour des enfants, réussit à s'emparer du petit garçon mais c'est la petite fille qu'elle veut.  Durant l'enterrement de son petit frère, Liesel ramasse un objet singulier pour elle qui ne sait pas lire, un livre, 'Le manuel du fossoyeur'.  Liesel, avec l'aide de Hans, son père adoptif, décide d'apprendre à lire. A mesure que l'Histoire avance, la Mort s'empare de nombreuses vies mais Liesel et ses livres continuent à lui échapper.

Un énième livre dont l'histoire a lieu pendant la seconde guerre mondiale, ouais bof me direz vous. J'avoue, c'était un peu mon état d'esprit en ouvrant ce livre. Je dis "un peu" parce qu'il y a quand même quelques détails de poids: les personnages appartiennent au "camp" allemand et c'est la Mort elle-même qui est la narratrice. Intéressant.
Par où commencer pour parler d'un livre qui m'a émerveillée à ce point? Les personnages y sont pour beaucoup, je pense.
Liesel, d'abord, est une petite fille maigrichonne et  illettrée quand elle arrive à Himmel Street. La mort de son petit frère, l'enterrement à la va vite dans un cimetière enneigé l'ont profondément marquée. Elle fait des cauchemars, se réveille toutes les nuits après avoir mouillé son lit et trouve, à chaque fois, la présence chaude et réconfortante d'Hans Hubermann, son papa d'adoption. Le vol du livre au cimetière et la bonté d'Hans conduiront naturellement à des leçons de lecture nocturnes. Liesel entre doucement dans le monde des mots.

Rosa Hubermann, la mère d'adoption de Liesel est une grande et imposante femme qui passe son temps à jurer. Incapable d'appeler Liesel autrement que par des noms d'animaux, on devine un coeur en or sous une enveloppe pourtant rebutante. Rosa fait la lessive et le repassage des habitants d'Himmel Street pour aider son peintre de mari qui est connu pour ne pas adhérer au NSDAP, le parti nazi et pour repeindre les maisons des juifs recouvertes de slogans antisémites. Hans est un jew lover, ce qui est, évidemment, très mal vu.

~ Some facts about Hans Hubermann ~
He loved to smoke.
The main thing he enjoyed about smoking was the rolling.
He was a painter by trade and played the piano accordion.

~ Some facts about Rosa Hubermann ~
Her cooking was atrocious.
She possesed the unique ability to aggravate almost anyone she ever met.
But she did love Liesel Meminger.
Her way of showing it just happened to be strange.
It involved bashing her with wooden spoons and words, at various intervals.

Le niveau de vie des habitants d' Himmel Street n'est pas élevé. Chaque famille peine à joindre les deux bouts. Et pourtant, la joie de vivre des enfants est bien là, comme dans n'importe quelle rue allemande du moment qu'ils ont un ballon de foot, que peuvent-ils bien demander de plus? Liesel est un garçon manqué et une très bonne joueuse de foot, ce qui ennuie bien Rudy Steiner, son voisin du même âge, un garnement qui ne rêve que d'une chose: devenir Jesse Owens, le champion olympique américain et noir; ce qui est, bien sûr, mal vu par la jeunesse hitlérienne à laquelle il appartient, comme tous les jeunes de son âge. Rudy et Liesel deviennent inséparables et leur amitié devient plus profonde chaque fois qu'ils volent ensemble. Liesel a fini son premier livre volé et ne pense qu'à en voler un autre. C'est grâce à l'aide qu'elle apporte à Rosa en récoltant et distribuant le linge dans Himmel Street qu'elle découvre la bibliothèque de la femme du maire, une femme qui vit recluse depuis la mort de son fils sur le front de la première guerre mondiale.

Books everywhere! Each wall was armed with overcrowded yet immaculate shelving. It was barely possible to see the paintwork. (...) It was on of the most beautiful things Liesel Meminger had ever seen.
With wonder, she smiled.
That such a room existed.

Les mois, les années passent et la guerre fait toujours rage et se rapproche d'Himmel Street sous la forme de bombardements qui forcent les habitants à se réfugier dans les caves des voisins.
Entre temps, Hans, Rosa et Liesel cachent dans leur cave Max, un jeune homme juif dont le père mort pendant la première guerre mondiale a sauvé la vie d'Hans. Entre Max et Liesel, une profonde amitié va naître. Max tombera malade et Liesel lui fera la lecture pendant que la fièvre le terrasse et le rend inconscient; Max écrira et illustrera un livre pour Liesel; Liesel ne se demandera qu'une seule chose quand Max sera obligé de partir: est-ce qu'il est vivant?

Chaque personnage est incroyablement réaliste et attachant. L'histoire, sans prétention aucune, est une chronique de la vie d'Himmel Street qui s'étale sur 5 ans. L'écriture de Zusak est juste et terriblement touchante. L'originalité de ce livre, et ce qui m'a beaucoup plu, c'est la Mort, ce personnage omniprésent qui raconte l'histoire. La Mort est fascinée par Liesel qu'elle rencontrera trois fois. La Mort se révèle humaine dans ses propos, dans sa façon de nous regarder, nous humains, dans le regard qu'elle pose sur le conflit qui déchire le monde.

~ A small piece of truth ~
I do not carry a scythe.
I only wear a hooded black robe when it's cold.
And I don't have those skull-like facial features you seem to enjoy pinning on me from a distance. You want to know what I truly look like? I'll help you out. Find yourself a mirror while I continue.

La prose de la Mort est presque poétique quand elle raconte l'irracontable.

Summer came.
For the book thief, everything was going nicely.
For me, the sky was the colour of Jews.

When their bodies had finished scouring for gaps in the door, their souls rose up. Their fingernails had scratched at the wood and in some cases were nailed into it by the sheer force of desperation, and their spirits came towards me, into my arms. We climbed out of those shower facilities, onto the roof and up, into eternity's certain breadth. They just keep feeding me. Minute after minute. Shower after shower. (...)
I shiver when I remember - as I try to de-realise it.
I blow warm hair in my hands, to heat them up.
But it's hard to keep them warm when the souls still shiver.

L'évolution de Liesel au cours de ces cinq années, au cours des événements qui vont la façonner: les vols de livres, son amitié avec Rudy, Max, la douceur de papa Hans, le grand coeur de maman Rosa, les meetings des jeunesses hitlériennes, les bombardements, les prisonniers Juifs qui traversent Himmel Street pour se rendre à Dachau, les morts qui touchent les voisins. La petite fille illettrée devient au fil des pages cette adolescente qui prend peut à peu conscience  des mots, des livres et de leur pouvoir. La maturité du message qui émane de ce livre a contribué a me le faire aimer.

She tore a page from the book and ripped it in half.
Then a chapter.
Soon, there was nothing but scraps of words littered between her legs and all around her? The words. Why did they have to exist? Without them, there wouldn't be any of this. Without words, the Führer was nothing. There would be no limping prisonners, no need for consolation or wordly tricks to make us feel better.
What good were the words?

Liesel écrira son histoire, la boucle est bouclée,  la Mort récupérera le livre et le conservera précieusement jusqu'à leur ultime rencontre.

All I was able to do was turn to Liesel Meminger and tell her the only truth I truly now. I said it to the book thief and I say it now to you.

~ A last not from your narrator ~
I am haunted by humans.

The Book Thief est un livre simple et bouleversant dans ce qu'il a d'humanité et de vérité, dans son rapport aux livres, aux mots, dans sa narration qui en fait un livre à part. La Mort est une narratrice merveilleuse.

Le très bel avis de Lilly, touchée comme moi (je ne suis pas la seule à avoir mouillé le livre de mes larmes)

Lettre Z du Challenge ABC 2009

jeudi, 26 novembre 2009

I went to sleep for the daytime, I shut my eyes to the sunshine.

1312166472_6a35bb9f71.jpgOn m'a awardisée. Une récompense obscure qui fait le tour des blogs en ce moment. Je remercie beaucoup beaucoup beaucoup la très chouette Chiffonnette et l'inénarable Pandora. Je n'aime pas trop devoir choisir des blogs. Parce que j'aime tous ceux qui sont en lien ici et parce que ça peut donner l'impression qu'il y en a qui sont meilleurs que d'autres. Alors que pas du tout.
Ensuite, selon le règlement, il faudrait que je vous dévoile 7 choses sur moi. Oui, rien que ça. Hhm. Ça me plait moyennement ça aussi parce que je parle de mes lectures ici pas de moi directement. D'aucuns argumenteront (Erzie, si tu me lis...) qu'on parle énormément de soi à travers ses lectures. Oui. Mais là, on touche quand même un autre niveau.
M'enfin puisque ça fait partie du jeu:

1) quand je suis concentrée, très fatiguée ou émue je me tripote constamment l'oreille gauche. Ça fait 26 ans que ça dure, je pense que je suis foutue là.

2) je jure beaucoup. Dans les deux langues. On me donnerait le bon Dieu sans confession alors forcément, ça étonne.

3) j'ai fait de la danse classique pendant 8 ans et ça me manque beaucoup.

4) ma mère voulait que je joue du hautbois, ma prof de solfège voulait que je joue de la harpe, moi je voulais jouer du piano. Je ne joue que de la guitare. Je rêve de devenir batteur.

5) je voudrais une maison en Nouvelle-Angleterre et une maison blanche sur une plage californienne. J'ai des rêves sobres et on ne peut plus réalistes.

6) je suis incapable de ne boire qu'un seul verre (malheureusement)

7) je suis petite, je suis brune et j'ai les yeux bleux et bien évidemment je me voudrais tout autre.

Je suis sûre que cette note a révolutionné votre petit univers, je vous remercie de l'avoir lue et je vous parle très vite d'un livre merveilleux.

mardi, 24 novembre 2009

Veronika decides to die - Paulo Coelho

J'ai envie de dire, moi aussi I decide to die. J'ai lu ce livre à l'insu de mon plein gré pour le Borders Book Club que je retrouve demain soir (avec Louise) pour notre réunion mensuelle. Je ne peux décemment pas descendre le livre en flèche puisque c'est le livre préféré d'une des membres (et qu'elle est très gentille). Je n'ai pas envie de lui faire de  la peine. Mais je n'ai pas non plus envie de la jouer pouces en l'air c'était d'la boulette ton bouquin. Il va falloir que je sois diplomate mais ça je sais pas vraiment faire.
Il parait que les Paulo Coelho c'est comme les Mary Higgins Clark: t'en as lu un, tu les a tous lus. Je ne sais pas si c'est vrai et je ne tiens pas vraiment à mettre cette théorie à l'épreuve parce que je ne prévois pas de lire un autre Paulo Coelho. 191pages, c'était déjà bien suffisant. Le bon côté c'est que ça se lit quand même très vite.

n58169.jpgVeronika est jolie, jeune, intelligente, en bonne santé mais ça ne suffit pas. La vie n'ayant pas de sens, elle avale, un soir, des pilules pour mettre fin à ses jours. Elle se réveille le lendemain dans un hôpital psychiatrique où on lui apprend qu'ayant des dommages irréversibles à son coeur il lui reste une semaine à vivre.

Raconté comme ça, ce livre avait un potentiel exploitable, quelque chose de bon aurait pu en sortir. Seulement voilà, ça s'enlise dans le prévisible, dans le pathos larmoyant facile et convenu, dans les bons sentiments. C'est bien dommage. Veronika passe ses derniers jours dans un hôpital où les patients sont considérés comme fous par la société représentée ici par la ville de Ljubljana dont ils sont séparés par des grilles et des murs que certains ne veulent plus franchir. Car l'hôpital est un cocon, un monde apaisant, régulé par une routine rassurante, organisé par des personnes qui prodiguent soins et nourriture. Pourquoi quitter un tel lieu?

C'est ainsi que Veronika rencontre Mari, qui fait partie d'un groupe (The Fraternity) de personnes saines qui ont décidé de rester internées à Villete parce qu'elles refusent le monde extérieur. Mari ouvrira Veronika à d'autres choix, d'autres possibilités, elle lui ouvrira certaines portes. Ancienne avocate brillante, elle a connu des crises de panique (peut-être le seul point du roman traité avec réalisme) et a demandé elle-même à être internée, sa vie empirant, ses crises de paniques détruisant son couple. L'idée est bonne en soi mais j'ai quand même été assez sceptique quant au début de solution fourni à Veronika pour qu'elle commence à retrouver l'envie de vivre: se masturber allègrement devant un jeune homme schizophrène. Je suis dubitative.

She imagined herself both queen and slave, dominatrix and victim. In her imagination, she was making love with men of all skin colours - white, black, yellow - with homosexuals and beggars. She was anyone's and anyone could do anything to her. She had one, two, three orgasms one after the other. She imagined everything she had never imagined before and she gave herself to all that was most base and most pure. At least, unable to contain herself any longer, she cried out with pleasure, with the pain of all those orgasms, all those men and women who had entered her body through the doors of her mind.

Le jeune homme en question, Eduard, n'est évidemment pas celui qu'on croit et se trimballe un passé douloureux. Il se voudrait artiste mais ses parents, ne l'entendant pas de cette oreille, ont cru bon de l'interner pour le remettre dans le droit chemin. Il sera diplomate comme papa et en attendant, on va le cacher. Parce que ses délires de peintures mystiques qu'il voit sous marijuana et sobrement intitulées "Visions of paradize" ça va bien deux minutes. Lui et Veronika vont se rencontrer, se découvrir, se compléter. On voit venir le truc gros comme une maison.Et puis le livre regorge de clichés. C'en était presque douloureux. And the schizophrenic fell in love with the suicidal *instant émotion*

"What is the real 'I'?" asked Veronika.
The seemed surprise by the interruption, but he answered her question.
"It's what you are, not what others make of you."

C'est puissant. Avouez.

Le personnage du docteur Igor est sûrement le plus intéressant car ambiguë. On ne comprend pas tout de suite ses motifs. Malheureusement j'avais deviné la fin. Je n'aime pas ça. Ce qui m'a gêné, ce sont les raccourcis, le simplisme de la psychologie auxquels on a droit tout au long du livre. Les causes de la dépression sont réduites à raison commune et donc traitable de la même façon. Ben voyons. Veronika servant de cobaye, bien sûr. Comment redonner goût à la vie? Comment soigner des dépressifs, des schizophrènes, des suicidaires?Pourquoi est-on malheureux? Toutes les réponses sont dans Veronika decides to die.

The will was the main target of Biterness (or Vitriol, as Dr Igor preferred to call it). The people attacked by this malaise  began to lose all desire and, within a few years, they became unable to leave their world, where they had spent enormous reserves of energy constructing high walls in order to make reality what they wanted it to be.

Une dépressive doublée d'une suicidaire qui reprend goût à la vie en 191 pages et une dizaine de jours... sérieusement?
Je vais mettre des gants (au moins trois paires) demain soir pour parler de ce livre. Ou rester silencieuse.

 

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samedi, 21 novembre 2009

The New York Trilogy - Paul Auster

La première fois que j'ai rencontré Paul Auster (que je ne connaissais, à l'époque, que de nom) j'avais 17 ans, les cheveux plus ou moins bien coiffés, je portais des pantalons en velours côtelé à pattes d'éléphant, des tops à rayures et des vestes en grosse laine qui dataient des années 70 (j'avais une approche de la mode assez personnelle et plus qu'approximative) J'étais donc jeune et en terminale. La prof d'anglais (la meilleure prof d'anglais au monde, arrêtez de chercher) nous coachait comme une folle pour le bac et elle n'avait rien trouvé de mieux que de nous faire suer sang et eau sur un texte de Paul Auster extrait de The New Trilogy, The Locked Room. J'ai encore les images d'un dimanche après-midi passé chez une copine à travailler sur les questions du texte. Paul Auster, I loathed thee at that time. Il ne faut jamais rester sur de mauvaises impressions (enfin sauf pour Jane, elle est foutue la pauvre) et j'ai lu, il y a quelques années, The Book Of Illusions et je suis tombée amoureuse de Paul Auster en deux coups de cuillère à pot (j'aime beaucoup cette expression, elle me fait penser à un pot de crème glacée) Je ne pouvais pas passer à côté de The New York Trilogy, LE livre qui a révélé et consacré Auster.

6a00e398c5bae2000400e398c5cad40001-500pi.jpgDans "City Of Glass", un auteur de polars,nommé Quinn devient le détective Paul Auster, à la suite d'une erreur téléphonique. "Dans Ghosts", un détective investit un appartement sans savoir ce qu'il doit observer. "The Locked Room" est une poignante histoire entre deux hommes. L'un disparaît, laissant l'autre devant la dure charge de s'occuper de ses écrits.
La trilogie prend une allure de quête métaphysique et la ville, illimitée, insaisissable, devient un gigantesque échiquier où Auster dispose ses pions pour mieux nous parler de dépossession.

Je ne sais pas vraiment comment parler de ce livre qui m'a touchée d'une manière très particulière. Je pense que le terme qui s'approcherait le plus de ce que j'ai ressenti est envoûtement. Il ne se passe pas grand-chose dans City Of Glass, ou plutot il se passe toujours la même chose: Quinn qui se fait passer pour Auster suit, observe, note les moindres faits et gestes d'un homme à travers Manhattan. On ne sait pas trop qui aliène Quinn, la ville, l'homme qu'il suit, la femme qui l'a engagé, lui-même... Il devient autre. A travers une enquête qui n'a rien de conventionel, Quinn se perd. Il oublie sa vie, ses habitudes d'auteur et s'interroge. On assiste à un dérapage. City Of Glass devient un monologue à la troisième personne sur le langage, le sens des mots, le pouvoir de l'auteur, le miroir des identités perdues, imaginées, abandonnées.

A language that will at last say what we have to say. For our words no longer correspond to the world. When things where whole, we felt confident that our words could express them. But little by little these things have broken apart, shattered, collapsed into chaos. And yet our words have remained the same. They have not adapted themselves to the new reality. Hence, every time we try to speak of what we see, we speak falsely, distorting the very thing we are trying to represent. It's made a mess of everything. But words, as you yourself understand, are capable of change The problem is how to demonstrate this.

Ghosts est un récit totalement surréaliste où un détective privé (Blue) est chargé de surveiller un homme, un écrivain visiblement (Black) pour un autre homme (White). Laissant derrière lui sa vie et sa fiancée, Blue s'installe dans un appartement et passe ses journées à regarder, dans l'immeuble d'en face, vivre Black. Il écrit des rapports régulièrement qu'il envoie à une boite postale. Ce qu'il pensait être une mission de quelques jours s'éternise. Les jours se transforment en semaines, en mois, en années. Blue ne sait pas pourquoi il est là et devient complètement obsédé par Black qui écrit à longueur de temps dont on finit par perdre la notion. Je suis devenue, comme Blue, totalement fasciné par Black, par sa mission, par l'absence totale de sens de toute cette histoire. La confrontation entre les deux hommes est terrifiante, j'étais subjuguée. Les identités sont, une fois de plus, perdues ou effacées, prétexte à une quête qui n'a plus de sens mais que les personnages ne peuvent abandonner.

In one sense, Blue knows everything there is to know about Black: what kind of soap he buys, what newspapers he reads, what clothes he wears, and each of these things he has faithfully recorded in his notebook. He has learned a thousand facts, but the only thing they have taught hom is that he know nothing. For the fact remains that none of this is possible. It is not possible for such a man as Black to exist.

Le narrateur de The Locked Room reçoit un appel de Sophie, la femme de son ami d'enfance, Fanshawe, qui a disparu, laissant derrière lui un fils et des manuscrits dont il charge le narrateur. Dernier livre de la trilogie, The Locked Room raconte l'histoire d'un homme qui peu à peu prend la vie d'un autre: le narrateur (un auteur à réputation moyenne) décide de publier lex textes de son ami qui connaitront un énorme succès. Il épousera sa femme et deviendra le père du petit garçon; pourtant, persuadé que Fanshawe est toujours vivant, il décice d'écrire sa biographie. L'écriture du livre le poussera à recolter des informations sur son ami d'enfance et c'est là que tout bascule. Les buts, les raisons, les conséquences des actions des personnages sont toujours plus ou moins floues mais ça n'est pas là que réside l'essentiel et le talent d'Auster qui, pour la troisième fois, nous raconte la dépossession de soi et la recherche d'identité(s).

All this came back to me as I sat down to write about Fanshawe. Once, I had given birth to a thousand imaginary souls. Now, eight years later, I was going to take a living man and put him in his grave. I was the chief mourner and officiating clergyman at this mock funeral, and my job was to speak the right words, to say the thing that everyone wanted to hear. The two actions were opposite and identical, two mirrors of one another. But this hardly consoled me. The first fraud had been a joke, no more than a youthful adventure, whereas the second fraud was serious, a dark and frightening thing. I was digging a grave, after all, and there were times when I began to wonder if I was not digging my own.

Je n'ai jamais lu de livre semblable à celui-là. The New Trilogy aurait très bien pu s'intituler "Variations autour de la quête de soi et du sens." C'est un livre saisissant, un livre qui parle du langage et des mots à travers la recherche infinie d'un sens qui échappe encore et toujours aux personnages et à l'auteur. La capacité des mots à déformer, façonner, détruire la réalité ou ce que nous pensons percevoir d'elle, de nous, des autres. Le pouvoir du sens des mots et des identités qu'ils portent. Sans parler de New York, ici sublimée, elle apparaît comme le personnage omniprésent mais jamais (ou très peu) nommé, représenté et qui avale ces hommes petit à petit.
Et puis la prose d'Auster... elle me désarçonne, elle m'enivre, elle me met dans un étan proche de la dépendance: poser mon livre me devient difficile voire insupportable. The New York Trilogy m'a littéralement subjuguée, j'ai avalé les pages en me délectant d'un tel travail sur les mots, sur le langage. Du métalangage sous couvert  de quêtes, d'enquêtes policières qui n'en sont pas. Et puis qu'elle est la différence entre un auteur et un détective? Ne cherchent-ils pas la même chose finalement?

*Livre lu dans le cadre du Challenge ABC 2009, challenge que je ne finirai pas, en voilà une surprise.
**Livre également lu pour le Club Lire et Délire pour la rencontre du 21 novembre, aujourd'hui donc (à laquelle je n'assisterai pas puisque je suis une grenouille expatriée au pays des grands-bretons et que le club est toulousain (snif) mais Choupy (la kamikaze) se charge de lire mon résumé et mon avis) Lecture dont le thème était "un titre de livre avec un nom de ville dedans" (thème que j'étais chargée de choisir, ne me remerciez pas les filles)

jeudi, 19 novembre 2009

Eternellement à toi, éternellement à moi, éternellement à nous

Le 6 juillet au matin

Mon ange, mon tout, mon autre moi-même, quelques mots seulement aujourd'hui, et au crayon (le tien) .
Ce n'est pas avant demain que mon logement sera définitivement arrêté .
Quelle misérable perte de temps pour de telles choses. Pourquoi ce profond chagrin alors que la nécessité parle ? Notre amour peut-il exister autrement que par des sacrifices, par l'obligation de ne pas tout demander ? Peux-tu faire autrement que tu ne sois pas toute à moi et moi à toi ?

Ah ! Dieu, contemple la belle nature et tranquillise les esprits sur ce qui doit être . L'amour exige tout, et de plein droit, ainsi en est-il de moi avec toi, de toi avec moi. Mais tu oublies si facilement que je dois vivre pour moi et pour toi; si nous étions complètement réunis, tu éprouverais aussi peu que moi cette souffrance.

Nous nous reverrons sans doute bientôt, aussi aujourd'hui je ne peux te faire part des considérations que j'ai faites sur ma vie pendant ces quelques jours, si nos cœurs étaient toujours serrés l'un contre l'autre, je n'en ferais pas de pareilles.
Le cœur est plein de tant de choses à te dire, Ah ! Il y a des moments où je trouve que la parole n'est absolument rien encore.
Courage! Reste mon fidèle, mon unique trésor, mon tout, comme moi pour toi; quant au reste, les dieux décideront de ce qui doit être et de ce qui adviendra pour nous.

Ton fidèle Ludwig.

 

***

Bon matin, le 7 juillet

Au lit mes pensées se pressent déjà vers toi, mon immortelle Bien-aimée, parfois joyeuses, puis de nouveau tristes, demandant au Destin s'il nous exaucera.
Vivre, je ne le peux qu'entièrement avec toi ou pas du tout, j'ai même résolu d'errer au loin jusqu'au jour où je pourrai voler dans tes bras et pourrai me dire tout à fait dans ma patrie auprès de toi, puisque, tout entouré par toi, je pourrai plonger mon âme dans le royaume des esprits.
Oui, hélas ! il le faut ,tu te résigneras d'autant mieux que tu connais ma fidélité envers toi, jamais aucune autre ne peut posséder mon cœur, jamais, jamais.
O Dieu, pourquoi faut-il s'éloigner de ce qu'on aime ainsi, et pourtant ma vie à Vienne maintenant est une vie misérable , ton amour a fait de moi à la fois le plus heureux et le plus malheureux des hommes.

Sois calme, ce n'est que par une contemplation détendue de notre existence que nous pouvons atteindre notre but, qui est de vivre ensemble.
Sois calme, aime-moi. Aujourd'hui, hier, quelle aspiration baignée de larmes vers toi, toi, toi, ma vie, mon tout !
Adieu, oh ! continue à m'aimer , ne méconnais jamais le cœur très fidèle de ton aimé L.

Éternellement à toi, Éternellement à moi, Éternellement à nous.