samedi, 06 février 2010
"Why doesn't hatred kill desire?"
Le mari, la femme, l'amant. On connait. Plus rebattu tu meurs. Mais la raison pour laquelle j'ai choisi The end of the affair pour m'attaquer à Graham Greene c'est John Irving. Un des personnages dans un de ses romans (impossible de m'en souvenir, c'est un peu la honte, il me semble que c'est dans A prayer for Owen Meanie) évoquait Greene et ce roman-là. Allez savoir pourquoi, les noms de l'auteur et du livre me sont restés dans la tête. Le titre, assez évocateur, ne m'avait pas du tout préparé à ce que j'ai lu.

The end of the affair, Graham Greene, 1951
Vintage
159 pages
Dans le Londres d'après-guerre, Maurice Bendrix, un écrivain moyen, tombe un soir de pluie sur Henry Miles, un homme qu'il connaissait mais qu'il n'a pas revu depuis deux ans, depuis qu'il a cessé d'être l'amant de sa femme, Sarah. Cette rencontre va raviver une pléiade de sentiments chez Maurice qui va se servir des confidences d'Henry, inquiet que sa femme le trompe, pour engager un détective privé et la faire suivre. Et l'obsession de Maurice pour Sarah recommence.
At the time it seemed to me that if I could have her once more - however quickly and crudely and unsatisfactorily - I would be at peace again: I would have washed her out of my system, and afterwards I would leave her, not she me.
On est trimballés entre les souvenirs de la liaison de Maurice avec Sarah et les événements se déroulant au "présent" qui amènent Maurice à reprendre contact avec la femme qu'il a aimé et qui lui échappe à nouveau. La haine et l'amour qu'éprouvent Maurice pour Sarah sont le fil conducteur de l'histoire et sous-jacents d'une réflexion plus profonde sur sa relation à elle, aux autres et à un Dieu en lequel il refuse de croire et qu'il s'applique à mépriser.
Ne me méprenez pas, Maurice Bendrix est un homme tout à fait détestable et rongé par la jalousie et l'envie mais il en devient fascinant. Il dissèque sa relation avec Sarah mais c'est toujours les mêmes sentiments qu'il ressent et qu'il tente de refouler même deux années plus tard. Ce dont rêve Maurice c'est de posséder Sarah tout entière, son corps, son esprit, son âme; ce qu'il fait ou a l'impression de faire chaque fois qu'ils sont ensemble. Mais il suffit que Sarah quitte son champ de vision pour qu'il perde toute confiance en lui, en elle, en leurs sentiments mutuels, un peu comme un petit enfant persuadé que sa maman va l'abandonner. Maurice ne vit pas, il survit, il tente de respirer entre deux crises où la jalousie l'étouffe tout doucement. C'est un cercle vicieux. Il déteste Sarah autant qu'il l'aime. L'amour et la haine ne sont finalement pas aussi éloignés l'un de l'autre, on le sait tous mais Maurice en est l'exemple parfait.
Et Sarah dans l'histoire? Sarah qui a mis fin à sa liaison avec Maurice sans explication, qu'en est-il? Elle essaie de donner un sens à ses actions, à sa vie, à ses sentiments pour Maurice, à son mariage sans amour avec Henry, un homme dont elle a plus pitié qu'autre chose et qui ne la touche plus depuis des années. Sarah qui a décidé de quitter son amant parce qu'elle se dégoûtait trop pour permettre à l'amour qu'elle éprouvait pour Maurice de la sauver. Sarah est faible et elle le sait. Elle se couche chaque soir dans le lit conjugal comme elle se coucherait dans sa tombe. Elle regarde passer sa vie; elle subit chaque jour sans Maurice mais elle ne supporte pas non plus avec lui. Sarah cherche une porte de sortie et croit la trouver quand elle frappe, un jour, à celle d'un homme qui consacre son existence à démontrer aux gens que Dieu n'existe pas. Une sorte d'anti-missionnaire.
Quand Maurice, deux années après la fin de sa liaison avec Sarah, se retrouve en possession de son journal, tout recommence. Avoir accès aux pensées les plus intimes de la femme qu'il aime, prendre enfin conscience qu'elle l'aimait autant que lui (si ce n'est plus) c'est enfin la posséder totalement. Plus rien ne lui est refusé. Pourtant Sarah lui échappe et la jalousie maladive de Maurice reprend ses droits. Sarah ne peut pas, ne doit pas se confier à quelqu'un d'autre. C'est comme s'il voulait se perdre en elle tout en refoulant le désir toujours présent malgré la haine qui s'est installée.
Sarah veut croire qu'il y a un Dieu et elle cherche un moyen de se tourner vers lui comme un exutoire, pour se débarasser du dégoût et de la peine. Sarah et Maurice se ressemblent tellement que leur passion est presque narcissique finalement mais Sarah, elle, a baissé la garde parce qu'elle ne peut pas faire autrement, parce qu'elle est à bout de forces.
Maurice, de son côté, se laisser ronger par une jalousie qu'il combat autant qu'il l'accueille à bras ouverts parce qu'elle reste le seul moyen de se libérer de l'emprise de tous ses autres sentiments et surtout du pouvoir que Sarah exerce sur lui. Malheureusement pour Maurice, il y a quelqu'un d'autre entre lui et Sarah: Dieu. Et Maurice en est jaloux. Bien évidemment. L'interférence de Dieu (et de la réflexion autour de la foi) peut déranger. Qu'est-ce qu'il vient foutre là-dedans celui-là, me demanderez-vous. The end of the affair pose des questions qui dérangent à travers des personnages fatigués. Graham Greene a, bien sûr, mis beaucoup de lui et de ses propres interrogations dans ce roman.
L'issue logique pour Sarah aurait dû être le suicide. L'irruption de questionnements philosophiques chrétiens ne fait pas partie du schéma typique de ce genre d'histoire. La femme et l'amant ne sont pas supposés réagir de cette façon. Les personnages sont un prétexte pour offrir au lecteur des réponses multiples aux certitudes, aux doutes et aux interrogations tourmentées qu'ils essaient, pour certains, d'esquiver tant bien que mal. Maurice Bendrix est l'un des personnages les plus amers que j'ai pu rencontrer. Il refuse de se laisser aimer par Sarah car le bougre est lucide, on peut au moins lui concéder ça, et n'a pas une haute opinion de lui-même. Oui Maurice Bendrix se débecte et il reporte, en toute logique, ce rebus-là sur ceux qui l'entourent. Maurice est un râté et refuse d'être sauvé. Appellez ça comme vous voulez, c'est ni plus ni moins de l'orgueil.
I refused to believe that love could take any other form than mine: I measured love by the extent of my jealousy, and by that standard of course she could not love me at all.
J'oublierais presque de vous parler, mal et brièvement, de l'écriture, la très belle, délicate et presque impudique écriture de Greene qui m'a touchée, un peu à la manière de celle d'Irving. Mais peut-être est-ce dû au pouvoir de suggestion, Irving et Greene sont liés dans mon esprit. The end of the affair fait réfléchir. Malgré soi. Ce fut mon cas. C'est une lecture qui dérange, surtout quand on n'est pas croyant; et sûrement aussi quand on l'est finalement. On a beau se cacher derrière son petit doigt, on ne peut pas s'empêcher de sourciller quand on lit certaines pages. Tout simplement parce qu'elles regorgent de ce que le miroir peut parfois nous renvoyer. Parce qu'il est plus facile de tourner le dos que d'ouvrir ses bras. Parce que nous sommes humains et que c'est souvent bien difficile à supporter.
Graham Greene mon ami, tu deviens officiellement et en un seul roman (je prends des risques là) un de mes auteurs préférés. Je ne risque pas de te lâcher de sitôt.
L'avis très mitigé de Lilly.
It's a strange thing to discover and to believe that you are loved, when you know that there is nothing in you for anybody but a parent or a God to love.
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mardi, 02 février 2010
"I was so attracted to him I could have peed myself righ there on the spot, but I hadn't done anything like that in a while."
Ma copine Floriane est formidable (on devrait tous avoir une copine Floriane dans sa vie) et m'a offert un livre qui a été plus que bienvenu après We were the Mulvaneys que j'ai fini avec la gorge serrée (mais il ne faut pas le dire, je n'aime pas passer pour une petite nature)

Nightlight, a parody
The Harvard Lampoon
Constable
154 pages
Il était une fois, Belle Goose (en français "oie", rien que ça) une lycéenne de 17 ans qui quitte sa mère et Phoenix, Arizona pour débarquer chez son père, Jim, à Switchblade, Oregon. Au lycée, elle tombe amoureuse d'Edwart, Mullen un nerd fini mais qui, pour Belle, est un vampire. Il la sauve d'une boule de neige et semble avoir des pouvoirs surhumains comme scintiller de sueur au soleil. Pas de doute, Edwart est un vampire. Reste plus qu'à le convaincre de la transformer en vampire elle aussi afin qu'ils soient ensemble pour toujours.
Toute ressemblance avec les personnages d'une saga pour adolescents est purement fortuite. Evidemment.
J'aimerais vous raconter plein plein de choses sur Nightlight mais ce livre est tellement chouette, drôle et intelligent que j'ai peur de tout gâcher. Et puis les extraits parlent d'eux-mêmes.
About three things I was absolutely certain. First, Edwart was most likely my soul mate, maybe. Second, there was a vampire part of him - which I assumed was wildly out of his control - that wanted me dead. And third, I unconditionally, irrevocably, impenetrably, heterogeneously, gynecologically, wished that he had kissed me.
I was suddenly blushing. His shoes, covered in dirty snow, were too beautiful to be real. I bent down to investigate, poking them with my finger. He pulled his foot away quickly and nearly fell over. Miraculously, he regained balance by simply putting his foot down.
"Hey! Stop§" he cried. "Do you... so do you like games and stuff? Like video games... computer games... board games... potato chips?"
Il est évident qu'Edwart n'est pas un vampire mais un geek doublé d'un nerd (ça fait mal) qui met un moment à remarquer Belle et à tomber amoureux. Edwart est le genre de garçons qui, dans les teen-movies américains est maigre, laid et se fait charier par tout le monde. Il passe son temps sur son ordinateur et quand Belle vient chez lui, il ne pense qu'à une chose: créer le site internet dont ils avaient discuté.
Mais tout va bien car Belle est le genre de filles à s'éclater les boutons d'acné en classe. Elle est persuadée d'être superbe et plus intelligente que ses pairs auxquels elle demande cinq fois de suite le prénom tant elle est absorbée par sa petite personne. Son père, l'unique laveur de vitres de la ville, est connu et aimé de tous mais incapable de se faire à manger ou de prendre des décisions: c'est elle qui se charge de tout. Même de le faire manger, littéralement; elle lui donne la becquée pendant qu'il lui secoue les puces. C'est beau comme un camion. Et on aurait finalement bien aimé voire certains dialogues figurer dans la version originale.
"Gosh, Belle. When someone asks you "What's new?" the correct answer is "not much". Besides, isn't it a little soon to cut yourself off from the rest of your peers, depending on a boyfriend to satisfy your social needs as opposed to making friends? Imagine what would happen if something forced that boy to leave! I'm imagining pages and pages with nothing but the names of the month on them."
Il faudra plus de 100 pages à Belle pour s'apercevoir que son aimé n'est pas un vampire et pour se faire mettre le grapin dessus pas Josh, un vrai vampire pour le coup. Insupportable, dominateur, donneur d'ordres et manipulateur (tiens ça me rappelle quelqu'un ça...) il fait vite tomber Belle sous son charme mais elle ne parvient pas à oublier Edwart.
Mon Dieu comment tout cela va-t-il finir?
Je suis désolée car je n'en dirai pas plus. Les étudiants d'Harvard sont des petits malins parce que sous son air bonhomme cette parodie est une petite merveille où les personnages sont finement disséqués puis passés à la moulinette. Les sous-entendus, les doubles sens, les clins d'oeil ne servent uniquement qu'à étoffer une histoire acide et sarcastique extrêmement bien menée.
Et incroyablement mieux écrite que l'originale.
D'un autre côté, on peut difficilement faire pire.
dimanche, 31 janvier 2010
"So I'd want to scream at them. Damn you all! Don't you pity us. We're the Mulvaneys."
Joyce Carol Oates faisait partie de ces auteurs dont je connaissais le nom sans savoir comment ou pourquoi, ces auteurs dont je ne sais pas quoi attendre et qui constituent donc une terra incognita que j'appréhende avec un mélange d'excitation et d'inquiétudes. J'ai sauté le pas grâce au club Lire et Délire pour la rencontre du 30 janvier dont le thème était sobre mais vaste: Joyce Carol Oates.

Imaginez une famille de six qui vit heureuse et paisible au milieu d'un décor sorti tout droit d'un livre. Corinne, une femme au foyer dévouée qui entasse des antiquités à vendre dans une grange de la ferme et Michael, un honnête fermier qui a, avec succès, créé une entreprise de toiture, élèvent enfants et animaux dans le cadre idyllique de High Point Farm, à Mt Ephraim dans l'état de New-York. La maisonnée est pleine de petits rituels qui rythment le quotidien, les animaux y sont des membres par extension auxquels on s'adresse affectueusement, chacun a sa place; il y a, comme dans toute famille, des blagues récurrentes, des surnoms pour chacun, une sorte de langage codé qui n'appartient qu'à elle. Tout est parfait et les jours s'écoulent, tranquilles, pour Mike, l'aîné, tout juste majeur qui vit toujours chez ses parents après avoir terminé un parcours de sportif brillant au lycée; Patrick, un adolescent cynique et incroyablement intelligent qui excelle dans toutes les matières; Marianne,la douce, la jolie, la pure et aimante Marianne, adorée de ses parents, de ses amis et de ses professeurs et Judd, le petit dernier qui observe tout ce petit monde autour de lui et qui pose parfois trop de questions parce qu'il aimerait comprendre.
Comprendre quoi?
Comprendre pourquoi un jour de février 1976, on se met à parler tout bas dans cette grande maison habituée aux éclats de voix et de rires. Pourquoi papa est en colère. Pourquoi maman pleure. Pourquoi Marianne, l'unique fille de Corinne et Michael Mulvaney, la douce Button, va soudain devenir terne et silencieuse au retour d'une soirée à laquelle elle était partie en petite reine. Pensez donc, être invitée au bal de la St Valentin des terminales alors qu'on a que 16 ans, c'est un petit triomphe.
Qu'est-il arrivé à Marianne se demande Judd.
Si le mot viol est évoqué à deux ou trois reprises, à peine, on ne parle pas de ces choses-là explicitement. On chuchote. On redoute la sonnerie du téléphone. Chacun connait le nom de l'agresseur, le fils d'un ami de Michael Mulvaney d'ailleurs. Marianne ne quitte pas sa chambre, elle prie, elle essaie de se souvenir, elle demande des réponses au ciel qui reste, lui aussi, bien silencieux. Sa robe tâchée et déchirée, les bleus sur ses cuisses, au niveau de son entrejambe, sur ses seins comme autant de témoins muets d'événements qu'elle refoule en même temps qu'elle les appelle de ses voeux. Elle avait bu, elle, la sage Marianne, elle avait bu alors peut-être que oui, après tout, c'est de sa faute à elle, il doit avoir raison. Sur la banquette arrière d'une voiture, il s'est frayé un passage entre ses jambes et engourdie par l'alcool, de quoi était-elle bien capable?
You know you want to, Marianne - why you'd come with me if you don't?
I'm not gonna hurt you for Christ's sake. Come on!
Nothing happened you didn't ask for. So shut up about it. Understand?
Il n'y a pas de témoin, il n'y aura pas de procès. Marianne se mure dans un silence douloureux. Les Mulvaney dont on se targuait de compter parmi les amis deviennent la famille dont tout le monde parle et qu'on évite soigneusement ou qu'on ne salut que de loin. S'il y avait eu viol alors il y aurait eu des suites, non? Cette petite sainte nitouche de Marianne n'est finalement qu'une petite dégoûtante comme les autres qui doit bien aimer ça sous ses airs de pucelle.
Et chaque Mulvaney de tomber avec Marianne. Michael délaisse son entreprise qui ne reçoit de toute manière plus de contrats, ses anciens amis ou clients l'évitent. Incapable de protéger sa fille chérie, ne supportant pas de ne rien pouvoir faire, Michael Mulvaney sombre doucement dans l'alcoolisme; éclatant de rage parfois, maudissant ses "amis", ivre et fatigué dans les bras de sa femme qui essaie de garder sa famille unie. En vain. Marianne a contaminé la famille sans le vouloir. Son père ne peut plus la regarder, ne supporte pas de se retrouver dans la même pièce qu'elle; on l'envoie chez une amie de la famille, au-delà des montagnes qu'on admire depuis High Point Farm. Corinne parle d'aller la voir mais rien ne se passe. Les coups de fil hebdomadaires se font sans Michael, incapable ne serait-ce que d'entendre le prénom de sa fille. Même Noël se fête sans elle.
Mais Marianne cachée n'efface ni la peine ni la colère, la famille se dissloque. Mike décide qu'il est temps pour lui de quitter la maison familiale et s'installe dans un appartement, dans le centre du village et Patrick doit entrer à l'université, lieu de toutes les possiblités puisqu'il se fond, enfin, dans un anonymat salutaire.
Chacun continue de vivre comme il peut avec ses sentiments. La famille ne vole pas en éclats, cette expression impliquerait quelque de chose de vif pour tenter d'éviter la douleur, un peu comme un pansement qu'on arracherait d'un coup sec. Non. La famille Mulvaney se dissloque petit à petit, tout doucement, elle s'effrite, elle tombe en lambeaux, à l'image de la ferme de High Point qui se veut être un miroir tout au long du roman.
De Mike, on n'en saura pas beaucoup. Devenu Marine, il voyage et n'entretient plus de relations avec sa famille. Patrick, le froid, le détaché, le cynique était celui qui était le plus proche de Marianne. Sa colère ne fera qu'augmenter lors de ses années universitaires. Il ne supporte pas la réaction, ou plutôt l'absence de réaction de ses parents, il ne supporte pas ce qu'est devenue Marianne. Alors que tout autour de lui n'est que méthode, rationnalisme et détachement raisonnable, Patrick s'enfonce dans des envies de vengeance haineuse et dans un rejet profond et dégoûté de sa famille et de ce nom qu'il en est venu à mépriser, Mulvaney.
Marianne, ah Marianne. Elle est persuadée d'avoir déçu ses parents; elle ne vit que pour le jour de sa rédemption qui lui viendra sous la forme d'une seule phrase: reviens à High Point Farm. Loin des siens, loin de la désintrégation morale et physique de sa famille, elle tente d'anesthésier sa douleur dans le travail bénévole qu'elle fait dans une communauté presque néo-hippie, la Co-Op. Certains font l'erreur de l'aimer et de croire en ses capacités mais elle les repousse. Elle ne mérite pas d'être aimée et désirée. Pas tant qu'elle sera dans cet exil là à expier sa faute et à attendre le salut.
Marianne fuit, trouve refuge autre part et quand on s'intéresse à elle, quand on lui montre qu'elle peut faire plus, elle embarque sa valise et son chat et elle laisse un mot d'aurevoir.
Judd, le petit dernier, connait une adolescence bien différente de celle de ses frères et soeurs. Seul entre son père et sa mère, entre l'alcoolisme violent et paresseux de Michael et l'espoir fou de Corinne, persuadée que bientôt, très bientôt tout sera comme avant et la vie reprendra son cours. Comme si tout ça n'était qu'un cauchemar prêt à s'arrêter d'un moment à l'autre.
Les années passent et rien ne change et tout empire. La ferme est vendue. Judd a 17 ans et s'interpose physiquement entre son père saoûl et sa mère à terre pour la première et la dernière fois. Il quitte la maison. Il ne reste plus rien.
Rien d'autre que la violence coupable de Michael, les prières de Corinne, l'absence de Mike, la colère de Patrick, l'incompréhension de Judd et l'attente de Marianne. Et des autres, finalement. L'attente de quoi me direz-vous. L'attente d'une rédemption quelle qu'elle soit. Un signe. Une libération. Comme si, le souffle coupé depuis des années, les Mulvaney attendaient de pouvoir respirer à nouveau.
In a family, what isn't spoken is what you listen for. But the noise of a family is to drown it out.
Ce qui suit, ce qu'offre les dernières pages de ce merveilleux livre, ce n'est pas à moi de le raconter. Judd le fait bien mieux. Que sait-on vraiment de sa famille? Que connaît-on de ceux qui vivent avec nous avant de partir parce qu'il est temps et qu'il faut aller fonder sa propre famille? Que nous rest-t-il des souvenirs, des photos, des secrets?
Vous comprenez bien que ce livre-là est une livre à lire. Je remercie les copines du club d'avoir proposé Joyce Carol Oates comme thème de lecture et je continuerai à la lire. Rien d'extraordinaire dans les faits de ce roman, rien de plus rien de moins que la vie qui suit son cours et c'est justement là que réside toute sa force; là et dans l'écriture d'Oates qui saisit les sentiments et les émotions pour mieux les rendre actrices des événements qui façonnent la vie de cette famille témoin de sa propre chute et dans l'attente de sa propre rédemtpion.
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samedi, 30 janvier 2010
"Only the dead have seen the end of the war."
Je viens d'aller voir "Brothers" au cinéma avec ma copine Flo. Un remake d'un film suédois (si je ne me trompe pas) avec Tobey Maguire, Natalie Portman et Jake Gyllenhaal. Je ne parle pas beaucoup, voire pas du tout, des films que je vais voir au cinéma ou que je regarde chez moi mais il fallait que j'écrive quelques lignes à un des meilleurs films que j'ai vu au cinéma depuis un bon moment.
"Brothers" vous laisse dans un état comateux quand le générique de fin commence à défiler sur l'écran et que les lumière se rallument. Il ne s'agit absolument pas d'une histoire d'amour. Il ne s'agit absolument pas d'une femme qui ne sait pas quel frère choisir.
Un homme revient d'Afghanistan, traumatisé, et le mot est faible. Il essaie de réapprendre à vivre, alors qu'il est devenu étranger à sa femme, à ses filles, à son frère et à lui-même; il tente désespérement de ne pas couler, de ne pas sombrer encore un peu plus profondément après ce qu'il a vu et ce qu'il a fait dans le désert afghan. Je ne peux pas écrire plus, sûrement parce que je l'ai vu il y a quelques heures à peine et sûrement aussi parce-qu'il y a des émotions qu'on n'écrit pas.
Tobey Maguire est méconnaissable, il m'a retourné le coeur, Natalie Portman est merveilleuse de justesse et de vérité et Jake Gyllenhaal est parfait.
Un film qui décalque.

Who was that said only the dead have seen the end of war? I have seen the end of war. The question is, how do I go on living?
mardi, 26 janvier 2010
"I'm a homicidal maniac, they look just like everyone else."
Il se passe des choses (terme se voulant volontairement vague) après des mois de calme plat. C'est bien, me dit-on ici et là. C'est bien, pense-je en mon fort intérieur, tellement intérieur qu'il faut que je creuse sacrément pour le trouver; et encore, les jours de chance. Ca m'angoisse, me dit mon ventre qui se tord dans tous les sens depuis presque une semaine. Je peux mentir autant que je veux à mon entourage mais le corps, lui, me nargue et semble m'envoyer des messages du style hinhinhin, tu croyais tromper qui fillette après 26 ans de pratique?
Pour noyer tout ça, j'achète de l'huile essentielle de mandarine, excellente pour "calmer les enfants nerveux ou agités" et recommandée pour "calmer les problèmes d'agitations chez un enfant de plus de 6 ans". Bon. Si ça convient à un Schtroumpf, je prends. On me conseille d'en asperger un tout petit peu mon oreiller et d'en verser sur un mouchoir à laisser dans une pièce.
ll se passe donc des choses qui prennent du temps, de l'énergie et qui vont considérablement augmenter la production de synapses dans mon organisme. Il faut faire des choix, la vie est ainsi faite. La lecture devant rester quelque chose de peu contraignant, j'ai décidé de me désinscrire du challenge ReReading Harry Potter; challenge que je n'avais d'ailleurs pas commencé. Je vais avoir de moins en moins de temps, je préfère le consacrer aux lectures plutôt qu'aux relectures.

Dans la foulée je m'asseois sur le Read-a-thon, douze heures de lecture intensive en continu, parce-que, oui, la vie est cruelle mes chatons, je vais travailler le samedi (en contrepartie je ne travaillerai pas le lundi mais j'ai envie de dire je m'en cogne pas mal de ne pas bosser un jour où tout le monde bosse y compris mon entité britannique, ce qui me fait donc gagner un journée de solitude forcée; la solitude c'est bien, quand c'est forcé c'est déprimant, je sais de quoi je parle)
Je pratique l'humour noir, une bouée de sauvetage comme une autre, pour pallier le manque d'autodérision chronique qui semble m'avoir gagné.
mercredi, 20 janvier 2010
"La conception même de ses oeuvres uniquement instrumentales qui deviennent l'équivalent d'un drame de l'âme à portée universelle."
Je ne sais pas à quand remonte la première fois que j'ai rencontré Beethoven. Mes genoux étaient sûrement recouverts de merchurochrome et des tâches de rousseur me dévoraient le visage. A la maison, les CD de classique de maman trônaient dans la bibliothèque au-dessus des CD de rock américain et anglais de papa. J'ai donc, sans le savoir, entendu du Beethoven. La lettre à Elise en est mon premier souvenir, je revois la pochette couleur pastel avec un portrait de Beethoven marchant l'air décidé, les mains dans le dos et j'entends encore mon frère pleurer et demander qu'on arrête la musique triste.
J'ai rencontré Beethoven, pour de vrai, des années plus tard et ça a été comme une petite épiphanie intime. Je ne sais pas en parler et je n'aime pas en parler parce que parler d'un amour quand on n'est ni poète ni écrivain c'est bien difficile et on a très vite la sensation de se foutre à poil. Sa musique a rythmé une période de ma vie où tout ce que j'avais en tête c'était fuck le système. J'étais dans un entre-deux désagréable, j'avais beaucoup de mal à accepter le cours des choses J'ai d'ailleurs (re)découvert Beethoven en même temps que j'ai découvert les Ramones et les Clash. Je ne crois pas aux coïncidences.

Je suis tombée amoureuse. Entièrement. De la musique, du compositeur et de l'homme impulsif et orgueilleux qui avait incroyablement besoin d'amour tout en sombrant dans une grande solitude au fil des ans, la surdité n'arrangeant rien. J'ai eu la chance de recevoir à Noël une biographie de celui que je surnomme amoureusement mon âme soeur.

Elisabeth Brisson, 2004
Fayard/Mirare
232 pages
Elisabeth Brisson a écrit et décrit la vie de Beethoven de manière assez objective et avec un point central: ses oeuvres. Elle ne parle pas de Beethoven et de ses oeuvres, elle parle de lui, de sa vie par rapport à elles, et elle parle d'elles en rapport à lui. L'un ne peut concevoir sans les autres. J'ai donc eu droit à une lecture dénuée de la passion que j'attendais, ce qui m'a un peu agacée au départ car je n'avais pas signé pour ça; mais j'ai finalement énormément apprécié cette biographie qui rend justice à Beethove, un homme qui ne vivait que pour sa musique et à travers elle.
Beethoven n'était pas un personnage facile à vivre et pour causes, il n'avait qu'une idée en tête: laisser à l'humanité un héritage musical nouveau et inoubliable. Oui, son ego était grand mais il savait ce qu'il voulait. Qui ne connaît pas les premières mesures de la Cinquième Symphonie? Qui n'a jamais entendu l'Hymne à La Joie? La biographie aborde ses oeuvres d'une manière technique et quasiment experte finalement. Quand, comme moi, on n'y connait rien, on se contente de sourire en apprenant que la Troisième Symphonie, dédiée initialement à Bonaparte, ne le fut finalement pas quand Beethoven, déçu, comprit qu'il n'était rien de plus qu'un petit homme ordinaire ou que la Lettre à Elise fut dédiée à une femme qui ne s'appellait pas Elise mais Thérèse.
Beethoven était loin d'être complexe (même c'est finalement parce que son caractère me parle) et pourtant. Sa musique, ses partitions, ses compositions sont le plus souvent refusées car injouables; on annule ses concerts parce qu'il innove et qu'il déplaît, on lui réclame de l'argent qu'il n'a pas. En grand admirateur de Mozart et de Haydn, il veut se faire une place à Vienne et surtout, surtout trouver un poste fixe qui lui permette de composer comme il l'entend et de rembourser ses dettes. S'il s'inspire de la musique géniale (au sens littéral) de Mozart, qu'il a faillit rencontrer avant que la mort n'emporte Wolfgang "Aimé des dieux" Mozart prématurément, Beethoven veut créer quelque chose de nouveau, une musique qui reflète les idées nouvelles qui émergent dans une Europe prise dans la tourmente de la Révolution française et des conséquences. Beethoven se pose comme un Prométhée, délivrant aux hommes un message mis en musique, la seule manière dans laquelle Beethoven sache vraiment s'exprimer.
(...) Les critiques qui insistent sur le côté "bizare" de ses compositions, qui les rend difficiles à comprendre, allant jusqu'à parler du "terrorisme esthétique" à propos de La sonate à Kreutzer.
Mais Beethoven ne sait pas courber l'échine et refuse de plaire pour plaire. Il dédie une sonate à untel pour, dans un accès de colère, lui retirer la dédicace et le donner à un autre. Il s'emporte, il ne comprend pas la manière d'agir de ses mécènes et perd des alliés pour s'en refaire ailleurs. Il veut trop, il veut tout, il fait des tas de projets qui n'aboutissent pas ou peu. Il tombe amoureux, il demande en mariage et on lui claque la porte au nez. Qui voudrait donner sa fille à un compositeur sans le sou, sans rémunération fixe, un compositeur qui devient sourd en plus de ça?
Une maigre consolation lui vient de son neuveu, Karl, le fils d'un de ses frères dont il obtient la garde à la mort de ce dernier. Il abhorre la mère de l'enfant et voit en lui le fils qu'il n'aura jamais. Il s'occupe donc de son éducation musicale mais faillira à en faire ce qu'il veut, le jeune Karl ne supportant pas la pression que le compositeur lui met sur les épaules ni même son caractère emporté et entier qui l'amène à se détacher d'amis fidèles. S'il n'a jamais été heureux en amour c'est surtout parce que Beethoven n'a de véritable amour que pour sa musique et qu'aucune femme n'est jamais parvenue à s'imposer contre elle.
C'est sa surdité grandissante, doublée d'une maladie chronique qui lui ronge les intestins, qui plongent Beethoven dans une profonde dépression. Lui qui veut transmettre joie et espoirs à travers sa musique, le voilà réduit à souffir physiquement et moralement,il ne supporte pas, et avec raisons, de devenir de plus en plus sourd pour finir par le devenir complètement. C'est sans compter sur sa souffrance amoureuse et le fait d'être séparé de celle qu'il appelle l'immortelle aimée et dont l'identité restera inconnue. On ne saura rien d'autre en dehors du fait qu'ils s'aimaient mais qu'il leur était impossible de vivre leur amour. C'est donc loin d'elle que Beethoven souffre et puise dans ses sentiments pour composer, encore et toujours, cherchant réconfort et consolation dans sa musique.
A 48 ans à peine, Beethoven est complètement sourd et ne communique plus que par écrit avec le monde qui l'entoure. Très souvent affaibli par des maux d'estomac, des bronchites et des irritations des yeux, il continue à composer et à prêcher sa foi de l'art révélateur de la vérité et défenseur de la liberté.
Durant les douze années qu'il lui reste à vivre, Beethoven compose sur commandes principalement, comme chaque compositeur de l'époque en a l'habitude mais reste fidèle à sa musique et à ce qu'il y a de plus essentiel pour lui: créer, oser transgresser, risquer la punition et affronter la mort, ce que, précisément, il met en oeuvre de compositions en compositions.
Il dirige la première représentation de la Neuvième Symphonie sans savoir qu'un autre chef d'orchestre se trouve derrière lui, sa surdité ne lui permettant pas d'être correctement suivi par les musiciens et les choristes. C'est une des solistes qui le prendra par les épaules pour le faire pivoter et contempler les acclamations qu'il ne peut pas entendre.
Après quelques quatuors et quelques batailles livrées contre des éditeurs pour faire publier ses oeuvres complètes, Beethoven tombe malade encore plus gravement et pour la dernière fois. Il n'a que 56 ans (c'est lui-même qui le dit), il ne peut pas mourir, pas déjà. Il s'éteint pourtant, le 26 mars 1827, un peu avant 18h, au milieu du tonnerre et des éclairs comme le souligneront ceux présents.
La foule de Vienne lui rendra hommage pendant une cérémonie de quatre heures. Franz Schubert compte parmi les porteurs du cerceuil marquant ainsi le passage du classique au romantisme qu'avait amorcé Beethoven.
Je suis parfaitement consciente que je n'ai pas mis mes tripes dans cette note qui ne rend pas compte de l'amour que je porte à cet homme dont la musique me parle mieux que n'importe laquelle. Peu importe mes mots et ceux qu'on peut écrire à son sujet, la musique est faite pour être écoutée. Ecoutez-le.
Il y a des moments où je trouve que les mots ne sont absolument rien encore - détends-toi - reste mon fidèle, mon unique trésor, mon tout, comme moi pour toi; quant au reste, les dieux décideront de ce qui doit être et de ce qui adviendra pour nous.
Ton fidèle Ludwig.
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mercredi, 13 janvier 2010
Whatever happened to Baby Jane? (*)
D'un côté, il y a le temps qui passe très vite, l'air de rien. Et de l'autre côté, j'ai l'impression que ça se traîne sacrément cette affaire-là. Prendre son mal est patience, telle est ma nouvelle devise. Oui mais non. Eat, drink and be merry c'est tout de même beaucoup plus chouette. Et surtout plus adapté à ma personne.
Tout ça pourrait me faire lire plus ou lire plus vite mais c'est sans compter sur l'espèce d'engourdissement qui s'est emparé de moi ces derniers jours. Une envie d'hiberner ou d'hiverner (hiberner c'est mieux parce qu'on peut dormir mais je ne vais pas faire la difficile) Pour la première fois depuis... impossible de me souvenir, je regarde mes bouquins d'un oeil morne. Un peu comme la poupée Barbie qui soupire tôt le matin avant d'aller travailler (c'est normal, c'est Barbie secrétaire) "j'ai rien à me mettre" alors que sa garde-robe est pleine (je fais ça bien trop souvent); j'ose donc maugréer "pfff, j'ai rien à lire "alors que mes étagères sont bien garnies.

J'ai abandonné mon Irving pour commencer (il serait temps) We were the Mulvaneys; les copines du club de lecture toulousain ont désigné volontaire d'office Joyce Carol Oates comme thème de lecture de janvier. J'ai dû lire 10 pages en trois jours et le pire c'est que pour le moment ce livre me plaît beaucoup. Lamentable.
Pourquoi donc me suis-je inscrite au Read-a-thon organisé par Chrestomanci? C'est une très bonne question que je me pose moi-même. Si vous avez une réponse d'ailleurs, je suis preneuse. Il n'en reste pas moins que c'est une très bonne idée et que je suis ravie à la perspective de m'exploser les yeux sur du Dostoievsky pendant 12 heures consécutives le samedi 20 février.
C'est donc pas demain la veille que vous aurez une note sur le dernier livre que j'ai lu.
Bande de petits veinards.
(*) Il va de soi que le titre de cette note est un message pas du tout subliminal qui vous incite, vous encourage, vous ordonne de regarder ce superbe film.





















